Bibiche on the beach

Ben oui mon zami, après le port et les bateaux : la plage pour la baleine-goéland en visite express en camargue.

Rien à redire, au petit matin, soleil encore jeunôt, seule sur le sable.

J’avais laissé dans mon dos le toutou hollandais ainsi que mon troquet favori hélas fermé à c’t’heure (zut …mais j’y reviendrai vers 10h). C’est celui de la capitainerie ousqu’il y a de vrais marins-voileux parfois. Ceux qui montent aux mats, tu vois ? Moi je sirote et je les regarde faire les accro-bateaux. Mais là personne, silence radio.

Alors je tourne vers la jetée, les pêcheurs sont arrivés. En fait deux sur un banc se la coulent. Leurs lignes plantées dans les roches, bien droites. Eux ils attendent sur l’esplanade. Epuisant.

Au bout, les plages commencent, en criques légères, doucement. Tu as pied très longtemps. J’en vois  des qui sont déjà toutes les cuisses dedans, là bas, vers la petite jetée des planchistes. Ils scrutent l’eau. Je ne sais pas ce qu’ils ramassent.

Pas beaucoup d’oiseaux. Les hirondelles viendront plus tard, elles attendent que les bestioles prennent l’air. Les goélands ne sont pas là. Pourtant des traces nettes, plein, sur le sable. Une boum nocturne ? Une virée aux aurores sans moi ? Trop chaud ? Tout le monde roupille ?

Je croise trois joggeurs et je prends un air sportif aussi, genre qui fait sa gym du matin et est pleine d’entrain et d’espoir vivace sur son petit corps à entretenir.

Finalement, tu ne crois pas si bien dire, je pose mes pieds enfoncés sur le sable lisse et tendre, face au soleil levant. Je pense à Patricia ma coloc au Laos, qui faisait salutation au soleil,  des fois. C’était beau. Saluer l’Est en Asie du sud-est.

Là je me détends et tente de faire un peu de Taï Chi Chuan. C’est une belle belle chose que j’ai pratiquée plusieurs années avec un immense bonheur et de nombreuses révélations. Mais j’ai perdu la main, les jambes, les pieds, le Chi au centre de toi, au dessous du nombril et oh damnation ! voilà que je n’arrive pas à refaire « la forme » , un enchaînement de mouvements lents et précis.

Bigre. Je recommence mais y’a des bouts qui m’échappent. Zut de crotte de bourrique. Garder en tête et corps « la forme » du Taï Chi, au moins « la première », la série facile pour débutants ( oui enfin faut une année pour commencer à la faire correctement), c’est un genre de repère pour moi, une barre minimale en dessous de laquelle ne pas descendre. Mon moral en dépend. Zut de crotte de bernique.

Je mets cela sous le signe de l’émotion. Trop de plage d’un coup, trop de soleil, trop et trop de laxisme de bourrique depuis des mois que tu n’as pas pratiqué faudra pas venir te plaindre de rien, de rien.

Heureusement je suis seule sur la plage. J’en vois des qui arrivent de loin et je suis sûre que j’ai l’air de faire de savants mouvements tel Confucius au soleil levant. L’honneur sauvé, je m’allonge de tout mon long pour m’aplatir devant la mer, la chose que je sais le mieux faire, la chose appropriée à mon endroit, et même l’envers. Le sable est un hamac à lui tout seul, fait pour nous recueillir tels que nous sommes. Mous, raplapla, repus, ravis d’être là.

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Tout le temps, prendre tout le temps.

J’aime bien que le temps me parcoure tout du long, glisse sur moi, me laisse fainéante et sans voix.

De retour chez moi il a enfin plu, jeudi, je t’ai dit ? Quelle joie !

Mon futur jardin était content et moi moins inquiète. Maintenant c’est une question de jours de juin pour que nous y dormions pour de bon.

Pas d’internet pendant ce temps.Nous verrons…

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au bord

Les jours s’allongent dans la pénombre d’un retrait et puis l’on va.

Se déplacer. J’ai eu plein de phrases qui me venaient durant ce court déplacement. Je ne les ai pas notées.

Et puis il y a les autres et puis il y a moi.

Et puis il y a la mer.

L’homme a toujours voulu aller sur l’eau. L’homme  créé des façons de se transporter, toujours, au fil des temps, sur toutes les mers partout, des millions de bateaux, de barcasses, de choses plates ou creuses, à la force des bras, à la force du vent, à la force des moteurs, des voiles, des courants, des sextants et des ordinateurs. L’homme va sur l’eau. Il y a des bateaux.

C’est une belle chose, une chose admirable. Cela fait tellement rêver.

Il en sera toujours ainsi.

Je rêve devant la mer, devant les bateaux. Je peux rester longtemps, seule, absolument je dois être seule tant j’y suis accompagnée.

C’est de toutes façons comme cela que j’aime découvrir et ressentir. Seule assise quelque part, si possible sur un banc, dans un bar, à une terrasse de café. Et laisser.

C’est comme cela que je voyage, que j’aime voyager. Il y a tant de pays où tu n’as pas besoin de courir à droite et gauche. Tout est devant toi. Prends ce qu’on te donne. Voyager c’est se laisser porter sans rien exiger, accepter de laisser derrière soi les préjugés, prendre une nouvelle vision du monde en pleine face. Etre complètement détrempée, bananée, secouée, bête, perdue, sans, plus.

 Je suis allée à la mer. Je n’étais pas très disponible dans mon  esprit mais je suis partie à sept heures du mat prendre des photos du port.  Pour justement m’imprégner, me laisser un peu. J’étais la seule à marcher là. Je dégustais le petit vent froid car je savais que cela ne durerait pas.

Un monsieur a fait boire son chien sur le quai puis il l’a ré orienté vers la passerelle pour remonter sur leur voilier. Il fallait pousser au cul le toutou jusqu’à ce que ses quatre pattes soient sur la passerelle, tout gentiment, puis il l’a lâché et l’a encouragé à avancer, en hollandais ( oui, je le parle couramment). Et il m’a regardée et m’a souri.

Sur le chemin du retour, on a rallié la gare du Grau à pied en longeant les plages. Les copines ont voulu m’accompagner. Je n’ai rien dit. J’ai horreur qu’on m’accompagne vers les gares ou les aéroports. Il faut me laisser tout vivre seule. Mais à force d’être trop explicite sur mes manies, mes toc et tic, et mes réticences à cotoyer la gente humaine, j’ai peur de décourager tous ceux qui m’aiment. Alors je me suis retenue.

Il y a quatre ans j’ai eu une belle surprise dans ce genre de moment.

Elle m’a emmenée en voiture jusqu’à l’aéroport de Montréal. Et je n’ai rien eu besoin de lui dire. Elle m’a tout de suite précisé  « Je ne reste pas hein ? Je te dépose et tu te débrouilles, non ? Moi j’aime être seule dans ces moments là et surtout dans les aéroports ! Si je ne reste pas avec toi, ça te va ? »

J’ai trouvé cela formidable. Nous avons ri, je lui ai dit à quel point, OUI, je détestais qu’on m’accompagne sur les quais et tous les lieux de départ ou d’arrivée. On s’est dit, ensemble, d’un seul coeur : « Le voyage il commence dès qu’on franchit la porte, il faut être seul pour le savourer pleinement. »

Il est des êtres rares, si rares, qui ressentent des choses très spéciales comme toi, des choses un peu secrètes mais essentielles. Ce jour là je m’en souviens comme j’ai aimé cette personne, comme elle m’a parue soeur jumelle.

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ce matin, 4 heures.

Ce matin, quatre heures, le réveil sonne comme chaque matin chez nous, enfin les matins de son turbin…

J’ouvre immense la fenêtre qui borde le lit où je m’étale voluptueusement.

Hier je me suis demandée si les merles avait sonné le glas du faux printemps et si, autant accablés que moi par la canicule qui dit clairement son nom chez nous depuis samedi…Si donc, ils avaient cessé de chanter.

On a ouvert les zoreilles le soir et entendu au loin une sérénade fugitive. La dernière ? J’avais le coeur serré. Ne les retrouver qu’en février l’an prochain, je ne m’y fais pas. Et comme cette année, je l’ai dit, les martinets sont ici trop silencieux…ca ne va pas.

Alors ce matin je frétillais d’espoir ma fenêtre toute pour eux et…oui, les voilà. Pas longtemps, je vois bien qu’ils ont compris que la chaleur lourde s’installe et que l’eau manque pour de bon, cruellement…

Juste avant l’aube, avant l’éclairage sans faille, le ciel bleu torride. Ils ont chanté. J’ai retenu mon souffle dans ma tête pour me souvenir longtemps. J’ai étalé un peu plus mon corps tout plat pour capter leurs petites ondes délicieuses et courageuses. Et puis quand vraiment le jour a pris place, le silence, les bruits de la vie, encore une brise, mais plus de merles à ma porte.

J’ai encore eu le coeur serré et pensé aux aimés partis. J’y pense toujours en voyant le jour venir à moi, dans les yeux. Au jour où, un jour, souvent à la fin de la nuit, entre trois heures et cinq heures, un jour ferment les yeux, ne respirent plus, ceux qui ne verront plus demain, sur cette Terre, ici, ce ciel, ce soleil, cette mer, cette montagne, bon sang, toutes ces merveilles qui nous émerveillent.

Dans ma tête résonnait une petite fête. Un aller-retour tout à l’heure vers une amie, au bord de mer. De ces amies qui vivent très très loin. A peine une journée ensemble. Ne presque rien se dire et marcher sur le sable.

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Samedi 34 degrés

Samedi. La maison a retrouvé ses parquets. Poncés et huilés aujourd’hui. »Les parquets de Léopold et Henriette » , qu’on a dit…Ce sont les premiers occupants de cette maison, il y a plus quarante ans.

Le poncage a été difficile dans la pièce où le parquet était peint. Triple couche de peinture, sans doute. J’ai failli pété la ponçeuse louée. Mais ouf ! Et ensuite, pour les bords que la dite ponçeuse n’avait pas atteints, on a cru perdre nos oreilles tant le bruit de la « bordureuse » était perçant, destructeur de tympan. Je nous suis collé des cotons trempés d’huile d’olive dans les zoreilles. Vouiiii les travaux c’est pas toujours sexy….

Ce matin je ne voulais pas y retourner. J’ai besoin de me poser, de faire mes petites trucs zé choses au calme. J’ai des mamies et des taties qui attendent leur courrier et sont en manque. C’est plus important que de huiler un parquet fraîchement ponçé. Mais bon, allez…Et demain « bannette-papattes en ronds ». Non, on fait pas le forcing. Tout doux les bestiaux, faut tenir en longueur. Pas question de croquer du sandwich tout le week end et de ne plus pouvoir tenir debout, pas question.

Il y a une pièce, dans cette future maison, qui sera mon coin, mon atelier. C’est une ancienne cuisine rigolote. Je vais peinturlurer je sais pas comment encore mais je vais…tiens peut être des gegkos qui iront du sol au plafond…par exemple. Je peins toujours un gegko là où je vis.J’attends depuis vingt ans d’avoir une pièce bordel à moi où je pourrai donner libre cours à tout ce qui me sort par la tête. Toutes les formes, les matières, les couleurs, les essais, les ratés, et personne, personne pour venir y redire quoi que ce soit. J’attends depuis vingt ans alors je te dis pas comment je vais me défouler !

Dans cette pièce j’ai déjà punaisé deux courriers. Des dessins.

C’est une maman que j’aime depuis toujours et sa fille. Elles ont maintenant des poules et elles passent leur temps à les observer. Elles ont tout leur temps, elles ont une vie où il y a le temps, c’est un choix.

Elles m’ont envoyé leurs dessins. Et des tas d’explications sur le caractère des trois poules et du coq.

Il y a la poule noire qui terrorise tout le monde. Elle veut toute la bouffe pour elle.

Il y a la rousse qui a des stratégies pour ne pas affronter la noire mais s’en sortir quand même.

Il y a la petite poule naine, qui est leur préférée car elle refuse les conflits mais aussi se retrouve avec rien à becqueter, donc il faut prendre son parti, l’encourager.

Il y a le coq nain qui n’a pas pigé qu’il était nain et qui veut sauter la noire et la rousse mais là, c’est rateau sur rateau. Mais il est tellement con qu’il continue, obstiné. Et en plus il a un truc dans sa voix, un genre d’asthme, ça lui fait un Cocorico zarbi, pas trop macho, genre, mais il gonfle le torse quand  même, sûr de lui.

Voilà, jolie Fée des prairies si tu passes par là….Tu avais mis une poule rousse sur ton blog et je t’avais parlé de ces dessins.

J’étais bien sûr, complètement éclatée de les recevoir. Ils sont splendides, en plus. C’est donc la première chose que j’ai accrochée à l’arrache, dans le bordel de la petite pièce qui ne ressemble à rien. Et d’ailleurs ce midi, sur son balcon, j’ai vu une colonie de fourmis qui montent vers le toit, c’est dire si c’est le bouzou là dedans ! Chui pas sympa, je les ai un peu arrosées. Je ne sais pas pouquoi mais j’ai pas de feeling avec les mifour. Peut être depuis la Thaïlande où elles étaient redoutables, des hordes noires qui avalaient tout sur leur passage, par milliers, et t’arrachaient des bouts de mollets si tu trainais là.

Cet aprem, 34 degrés à 15h dans ma petite ville. C’est pas 37°,5 le matin, mais quasi. Le merle tient bon, avec des lenteurs tout de même. De temps en temps il est absent. Il vérifie sur son calendrier si quelqu’un ne lui aurait pas fait une farce. Genre, c’est pas mai mais aout et ce depuis avril…Par contre, côté martinets, y’a un truc pas normal. Ils sont peu nombreux, très peu et pas bavards. Leurs cris sont des roucoulades de séduction, de parade z’amoureuses. Le martinet a t-il trop chaud en ce mois de mai pour roucouler ? Finalement, y’a que les fourmis qui sont à la fête j’ai l’impression…

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Ils m’épatent.

Le temps passe.

Et tu sais ce qui continue de m’étonner le plus ? Les chant des oiseaux. Merles, pinsons et consors.

C’est eux qui me donnent la patate, me mettent le baume au coeur. Il a fait chaud comme en été mais ils ont tenu bon. C’était le printemps pour eux, on n’allait pas le leur voler si facilement.

Je t’écris et il chante. Le merle du quartier. Inlassable. Inlassablement amoureux et prêt. A je ne sais quoi mais inlassable.

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La faim, le plaisir

J’ai un peu la tête en pastèque. J’ai pas mangé. Faut vous dire que manger m’interesse beaucoup. J’y accorde de l’attention, j’en ai besoin, du plaisir.

Si pas de plaisir non j’aime pas me nourrir juste pour gaver les zoies. D’ailleurs certains soirs en ce moment, je n’aime pas comment on mange parce qu’on parle trop en mangeant et on ne pense pas assez à profiter des mets. C’est qu’on mange juste pour gaver l’oie qui en a un coup dans la cervelle. Trop fatigués, trop plein de trucs autour de la maison, les idées, les travaux, etc.

Le repas passe vite. L’oie est gavée et, finalement, il me manque la lenteur, la dégustation du repas. Qu’on aurait préparé comme j’aime, tout en finesse et amour, même avec peu. Non, là on dîne du roboratif. Il m’est même arrivé un truc de fou.

L’autre jour entre deux moments de bricolage on est allés au « routier » du coin. Sous une grande glycine. Une ambiance inimitable de petites tables dehors au bord de la route, remplies de gars en bleu et vert et godasses de chantiers. Demande pas ce qu’on mange. Deux nanas sans aucune féminité apportent la bouffe. La bouffe.

Bon dieu j’avais pas mangé aussi dégueu depuis..depuis ?? Je ne sais pas. La cantoche ? La salade qui goûte le papier et ensuite, un steak et des pâtes tièdes sans beurre et bien sûr pain blanc et vin à volonté. Faut dire qu’on est de plus en plus gourmets, nous,  pour les fruits et légumes qu’on achète du coin et bio le plus souvent. C’est là que je me suis aperçue que mon palais avait vraiment ses habitudes. Et je ne mange pas de boeuf, jamais aimé cela. Et ben quoi que j’ai fait ? La zoie elle a croqué le steak. Très tendre, bien. Et puis, comme d’hab au bout de trois bouchées j’avais une odeur dans mes narines, un truc de mort, de décomposé, je pouvais plus.

Les fromages étaient bons et ensuite un flan de patissier, le truc floc floc tu sais ? Bien sucré. Il m’a fallu trois litres d’eau ensuite pour m’en remettre. Pendant le repas j’ai vu qu’y avait saucisses aussi au lieu de steak, mon sang n’a fait qu’un tour ! Zut, c’était trop tard pour changer…le lendemain j’ai acheté trois sortes de saucisses et en plus elles étaient démentes. Une petite orgie, on en mange jamais. Délicieux, fantasque, improbable, étonnant, rigolo.

Oui mais bon l’ambiance du resto, l’ambiance ! J’ai appris à mon homme que la personne qui nous servait, et qu’il connait, il est déjà venu, est une femme. Ah bon ?…ben ..euh..oui…et puis à ses yeux me reluquant, cette personne habillée en adolescent de trente ans,  j’ai vu.

Comme on parlait de poncer le parquet, « elle » m’a emmené voir à l’intérieur comment elle avait poncé ses tables et j’ai fait exprès de la frôler et de caresser le bois dans le bon sens près de ses doigts. Je te dis que c’est une femme cet homme là qui sert des tablées de mecs crevés, ben comme ça y zont pas à chercher ses petites fesses ni le reste. On mange, on demande pas son reste. Ca gueule, les patronnes donnent des ordres aux clients d’un ton bourru, pas de chichis dans les nichons.

Et puis il y avait un papy barbu excentrique qui était seul à table mais voulait causer, causer à la cantonade, à haute voix, avec toute la glycine et toutes les tables dessous.Il avait une tête de Père noël, mais bien barjot, hein ? faut pas compter dessus pour tes cadeaux. J’ai vu qu’il avait un mobil home auquel était accroché une remorque. Outillé pour l’aventure le gars, il avait déjà fait trente kilomètres et changé de département, il montait en forêt, je suis sûre. C’est l’été, les fous sont dehors, c’est légal, c’est la liberté.

Alors j’ai faim moi maintenant. Ca sent le frais dans mon panier de cocagne du vendredi. Des oignons rouges, des salades qui croquent, des carottes douces et sucrées, de la roquette adorée. Des nichons, des nénés, des gars qui sont des filles, la nature a toutes les variétés. Croque, croquons, croquez !!

Bon mais c’est pas du tout ce que je voulais vous raconter. Je voulais parler de ma journée poêles à bois et chaudière et jonc de mer. Mais je me suis laissée entrainer.

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Photos d’album

Une photo de photo d’album des temps anciens.

En écho au billet de Tifenn du 7 mai,  sur les pluies.

Celle de son enfance insulaire lointaine et celle d’aujourd’hui.

Cette photo, j’avoue comme je l’aime. D’abord c’est les vacances, nous sommes amoureux. Je suis dans ce pays thaï depuis une année pas plus. Cette île est notre refuge. Elle fut aussi l’endroit, en premier lieu, où tout de suite nous sommes venus  « pour faire le point, pour être sûrs »…Pendant qu’un aimé m’attendait à la maison, une maison qui prenait l’eau de toutes parts, dedans…Tu m’as emmené dans ton sanctuaire de sable chaud et au retour j’ai pris ma décision, les yeux emplis de larmes. Parce que quitter, c’est quitter.

Cette photo je l’adore. Nous mangions du requin au bord de la plage dans ce restau qui avait aussi des chambres.

Et la pluie, oui, là bas aussi, s’abat chaude sur toi, toute comme un manteau. Elle coule drue, partout. Et nous devenons transparents.

Elle est musicienne, elle claque, flapotte, glougloutte, tonne, et ruisselle. Elle transforme les rues en marées, elle déborde et la vie continue.

La serveuse court et s’amuse. Personne ne passe sous les gouttes de ces pluies là. J’ai tout bu avec toi.

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Oui, j’ai repris en photo des photos d’album. Je les mettrai , comme d’hab.

Travailler dans un camp de réfugiés, tu ne sais vraiment pas faire. Rien ne peut te préparer.

Dans ma première maison en bois sur pilotis, où je vivais, j’ai imaginé pour la cour des enfants, une structure en bambou, le seul matériel disponible facilement. Je comptais les centimètres et les mètres en faisant des grands pas dans une pièce très chaude d’un bois marron avec des moustiques dans les fentes.

Je venais d’arriver ou presque et j’étais inquiète sur tout. J’ai tracé sur le papier un genre de maison cabane avec son toboggan et de quoi jouer et se balancer dessous. Les réfugiés-décrétés animateurs – ont tout de suite su réaliser quelque chose de beau et solide avec leurs coupes-coupes. Ce sont des hmongs, un groupe ethnique de chasseurs-cueilleurs. Monter une cabane en bambou c’est leur quotidien, à dix ans tu sais faire ça. Tout de tes mains.

Finalement mes pas dans la maison avaient raison, ça se tenait mon truc.

Quand je suis partie, deux ans après, j’avais compris que rien ne reste derrière toi et que j’étais venue essentiellement pour moi. Néanmoins quand j’ai vu une photo prise trois ans après où cette même cabane tenait encore debout, j’étais vraiment contente. Après tout…

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