Archives pour la catégorie Zou !

Le jardin

Un après-midi dans le futur jardin. C’est le jardin qui m’a séduit et pourtant c’était l’hiver.

Je ne savais pas pour les roses.

Maintenant je sais. Et je suis subjuguée. Qu’elles aient attendu toutes ces années pour me plaire. Que quelqu’un les ait plantées, ces grimpantes.

J’avais cueilli les roses roses et tendres et leur parfum envoutant.

Là, je reviens avec les rouges. D’un velours épais, du tissu en pli et encore un autre parfum. Mises dans un grand sac, on les sent à travers, leur parfum monte, flotte, s’étend. Elles sont bourrées de pétales, une robe de gitane ourlée.

Et elles ne se laissent pas photographier. Des gitanes rouges secrètes. Seules depuis longtemps, elles sont devenues farouches.

Elles remplissent la main, une rose rouge dans le creux de la paume.

La maison a presque quarante cinq ans. Quel âge ont les roses ? Avec le temps elles ont pris du tempérament.

Les roses roses sont légères, elles sont entrain de basculer ensemble dans le vide, un fatras de branches qui n’est plus accroché au mur. Elles sont aux fenêtres.

Les rouges sont saignantes, plus solitaires et fermes, nichées, lourdes. Elles se cachent dans la broussaille. Elles aussi arrivent aux fenêtres. Il suffit de se pencher, d’un côté ou de l’autre pour les cueillir.

C’est un conte de fées.

Je ne sais pas du tout comment on se sentira à l’intérieur, c’est tellement un peu de bric et broc et il y a pas mal à faire au mur et aux sols…Il y a un haut et il y a un bas qui n’ont pas grand chose à faire ensemble. La maison est un puzzle un peu dissocié.

Mais je sais comment on sera dans le jardin, je le sais déjà.

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Atelier d’écriture, de ci, de là

Depuis cette expérience de « marathon » en mars / atelier / écrire trois heures minimum et publier toutes les heures…j’ai rejoint un groupe de participants dans un forum d’atelier d’écriture.

Ce matin j’y ai vu un nouveau thème autour de la « mer nourricière et l’homme » et j’ai pondu un texte. Je vous en ai fait une copie sur Les mots qui viennent.

Comme c’est curieux cette motivation à plusieurs. Je ne dis pas que j’écris « mieux » quand j’écris dans un cadre commun, un blog ou un forum ensemble. Mais je m’applique et j’ai l’urgence de dire qui émerge violemment. Moins en dilettante que sur mes blog-ego, parfois. La question du style est en jeu, encore plus fortement.

C’est ce qu’on appelle la stimulation du groupe, sans doute ?

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Je reviens de la médiathèque et d’une rencontre avec René Frégni. Un bel homme qui s’impose devant une assemblée, écoute fort et conte, répond. Franc. Il a lu son premier livre à 19 ans car l’école, il avait loupé cette marche. Il était déténu dans une prison militaire. Il a un parcours en dents de scie. Il connaît bien la prison et les taulards. Il a aussi bossé en psychiatrie. Et puis l’écriture c’est devenu sa vie. Il s’est installé dans un cabanon vers son Marseille et il n’a plus fait qu’écrire, écrire.

Parmi les présents ce matin, face à lui, des loulous du quartier, venus croquer les croissants et boire des jus. J’en ai quand même observé un ou deux qui ne faisaient pas que les p’tits cons et, au premier rang, écoutaient le m’sieur. Celui qui parle de la taule…

Dans un coin il y avait aussi deux profs et huit lycéens qui ont travaillé sur un livre de René et ont passé hier en sa compagnie. Ils ont lu des textes. Ils lui ont aussi écrit des lettres, leurs ressentis, leurs questionnements. Il les aime les jeunes, il les mangeait des yeux en les écoutant.

Aujourd’hui, 17 bouquins après, c’est un peu la consécration pour René.

Depuis vingt ans, il anime des ateliers d’écritures en prison. Et il rencontre, il rencontre. Et il aime les femmes, toutes, aux terrasses de café, passionnément. Je me suis donc fait servir mon p’tit noir par lui, directement, en entrant dans la pièce. Ben quoi ? Oui, j’avais mis ma veste de tailleur, rouge, cintrée, oui. Ben quoi ?

Sacré René. Chapeau bas !

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Ensemble

Hier j’ai pris mon appareil photo au boulot histoire d’immortaliser la pièce où je travaille le matin avec le groupe de femmes / atelier d’alphabétisation.

En novembre a débuté « l’atelier du calendrier », fil rouge de nos matinées. Couleurs, graphismes, mots, jours, lettres et chiffres, dessins, collage, découpage. Tout est nouveau pour elle. Elles ont tout de suite aimé. On a tapissé la pièce ( horrible jaune et sale) de leurs oeuvres.

Elle est maintenant saturée de partout et je fais du tri, j’enlève, je regroupe. Elles emportent à la maison certaines choses. On fait de plus en plus dans le beau, le « construit ensemble », comme la fleur d’avril. Un pétale géant chacune, où elles ont collé les lettres du mois. Et elles ont ensuite rassemblé leurs pétales en cercle, pour faire fleur commune.

Cette année j’ai pu avoir un groupe de A à Z, tout au long de l’année, et je m’en réjouis car la dynamique a fonctionné. Et il m’en a fallu de l’énergie !

 

De l’énergie et surtout du bonheur. C’est un métier qui me colle à la peau. J’en ai fait des tas d’autres mais celui là…Ce n’est pas seulement les études universitaires sur le sujet et l’épanouissement qu’elles m’ont procuré à quarante ans. C’est aussi tout ce que ce  job relie en moi, tous les morceaux entre le travail fait très loin, dans d’autres cultures, et ma petite pomme.

Et tout le reste, ce qui me fait et dont je ne sais rien.

Hier avec mon appareil photo j’ai aussi surpris le retour de l’atelier-vélos fait par des collègues du quartier. Deux après-midi par semaine, des femmes sont invitées à s’initier au vélo. Pendant six semaines, jusqu’à ce qu’elles puissent aller se balader sur les petites routes.

Les débuts se font dans un gymnase. Ce n’est pas facile, elles n’en n’ont jamais fait. Je suis impressionnée par leurs blessures aux jambes et aux bras. Genoux en sang, troués. Mollets enflés bleus et violets !! Mais elles s’accrochent. C’est dingue. Elles sont transformées. Et quelque soient les bobos elles reviennent hilares. C’est comme un vent de libération qui souffle à leurs oreilles.

 

L’expérience est un succès franc. Je rends grâce aux financeurs qui sont encore là pour nous encourager dans ce genre de projet. La Région et l’Union européenne en tête. C’est là qu’on trouve de l’argent pour tout ce qui concerne le développement durable, la mobilité, les transports, l’écologie, etc.

Et ce matin, nous rejoignons l’appart-atelier de l’association dont je vous ai déjà parlé ( déco, brico, matériaux naturels, entraide…) pour fabriquer nos propres produits ménagers !

 

Dimanche balconesque

Les merles. Les merles, les merles, je suis folle d’eux. Ils ont démarré leurs chants ici exactement pour la St Valentin.

Il est 17h, la porte-fenêtre sur le balcon est grande ouverte. Le mistral balance les plantes. Du vert et du jaune.

Je suis seule, les chats sont attentifs au moindre de mes mouvements. On se brosse dehors ? Aïe, trop de vent , viens, reste là à côté regarde c’est pas mal. Non, tu veux gratter l’écorce du bout de bois là-bas.

Tiens, elle a sorti des pinceaux et un pot de terre. Je reste à côté. Non, rien de bon, ça ne sent rien de comestible, mais je me plante là. Immobile.

Qu’est ce qu’elle fait maintenant encore sur cette machine à la con, assise au bureau. Allez on ressort au soleil ? On aime trop le beau temps.

Mince pas un seul câlin sur les genoux aujourd’hui. Hier elle s’est plainte au téléphone, avec son amie, que je l’avais couverte de poils. Nan mais si elle est pas contente elle n’a qu’à prendre un chimpanzé ou un poisson rouge !!

Ca y est les gars, ça y est, je viens je viens !!

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PS.  Et 3eme et dernier épisode du récit…posé sur le motu.

Ô connection !!!

Oh joie une connection ce soir ! Ooohhh.

Oh ben dis donc, on pourrait croire que, quelque chose se produit, le produit d’une rencontre, oh un moment dans la vie, une étincelle. Un fort courant. Ô.

Oh ben en fait c’est juste que je me suis habituée à mon ordi rouge et plat. Il y a comme un truc entre nous. Oh. L’ami. Un confident docile. Et le retrouver aimant et connecté après des jours sans, cela me fait joie.

Posé le deuxième texte de mon récit sur le motu.

Le soleil rase gratis le mur, un regain après la pluie.

Cette semaine fin pleine, comme une grosse bonbonne. Je ne comprends pas pourquoi desfois la vie est « plate » comme disent les amis québécois. Rien de blof, de prout et de pois. Et ensuite, des jours ficellés comme un saucisson neuf, Rutebeuf, Gargantua. Qui contient tout ce que tu ne pensais pas possible. Ce, même, que tu ne voulais pas.

La vie est dérangeante, je crois.

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L’élan, la solidarité, les bons cinglés

C’est un appartement dans le quartier HLM où je travaille. Il a toujours été dédié à la solidarité. Maintenant c’est une association qui l’habite et y organise des ateliers autour de la décoration et le développement durable.

Peinture à la chaux, pigments, carrelage, produits ménagers naturels, économies d’énergie, faire son jardin d’appartement, etc Des  temps de rencontres et de formation y sont donnés.

Des chantiers solidaires aussi. C’est à dire que tu apprends en allant aussi épauler des professionnels qui retapent des lieux privés : appartement, foyer d’hébergement, etc.

Et si tu es seule, tu es une femme, tu viens de récupérer un appart tout pourri. Tu viens là te faire aider. Tu ne sais pas bricoler, ni réparer ton évier. Tu viens là. Tu veux apprendre des techniques naturelles, les matériaux et les gestes. Tu viens là.

Ce matin,quatorze femmes analphabètes et moi, c’est à dire quinze gonzesses, ont été accueillies pour fabriquer leurs propres produits ménagers.Génial bien.

Ensuite, avec l’animatrice on a parlé de mon crédit-temps. Si tu viens à un atelier tu peux donner des euros ou tu t’inscris sur la banque de temps. Tu donneras des heures sur un chantier. Je suis venue m’initier au carrelage il y a deux mois, j’ai donc une dette de temps.

Elle me dit qu’une dame a récupéré un appart  horrible, avec plafonds à gratter puis enduire joli. Cherche soutien et petites mains pour ne pas désespérer. Vendredi. OK.

Je suis repartie jouasse. J’aime énormément cet endroit. J’aime les gens dingues, qui agissent, se foutent des pessimistes et font.

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J’aime aussi, hier et aujourd’hui, encore des cinglées du courrier dans ma boîte. Le geste pour le geste, le don pour le geste. Une phrase là, un peu plus ailleurs. Peu importe. L’élan de saluer, l’élan simplement.

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Je me suis souvent sentie seule dans mes postages à tout va, mes bouteilles à la mer.

Je me rends compte que je ne le suis plus. Grâce à vous.

C’est une joie, une émotion. Celle de se sentir reliés, celle qui me rend la vie plus vivable, moins désespérée.

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