Archives pour la catégorie s'aimer

lentement sûrement

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Lentement et surement, la vie ne t’attend pas. Elle s’en fout de toi, y’a du monde au balcon, des candidats au portillon. Elle passe et plus tu en prends plus tu es vivant et un peu plus mort aussi, gaiement.

Lentement et sûrement, il y a des choses, des moments.

Des endroits que tu as attendu depuis très longtemps, en te demandant même…

Une pièce à moi, pour y faire quoi. Y lâcher tout, y retrouver les évasions d’adolescence, mettre le feu, foutre le bordel, déborder, faire des merdes sur tous supports, prendre un thé, tout bêtement. J’y veux un petit endroit pour la poser cette théière qui elle aussi sera là. Celle que je n’ai pas.

La vie passe et n’attend pas. Lentement et sûre, elle se rapproche de toi. Emporter, dégager, reprendre ses droits, posséder son plaisir, affronter ce qui va. Avec cette vie qui va.

Cet aprem, pour tout te dire, pour que tu saches quand même, suis passée voir l’amie enfermée maintenant en maison de vieux. Je lui parle sur le banc, je mange mon sandwich, je la distrais. Nous rions, nous sourions, elle dit qu’il faut prendre, traverser, qu’elle n’a plus sa tête, elle a des trous inside. « Elle était trop pleine », je lui dis, je ris, c’est pas grave je lui dis. Je cueille du tilleul, je lui donne , elle le tient comme un bouquet, elle mange le chocolat que j’ai amené et le gâteau au coco que j’ai fait. Un gentil chien vient, on lui parle et le caresse « Couché » dit-elle et le chien se couche.

Je regarde les arbres, je passe dans la salle où la misère s’étale, je me dis non, non, c’est la vie, Laure, souviens-toi, c’est la vie comme ça aussi.

Je rentre chez moi. Je suis heureuse. C’est cette putain de vie qui n’attendra pas, non, je te le dis, elle ne me file pas entre les doigts.

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Ta broche.

Ce matin j’avais décidé, comme souvent, de mettre des couleurs. Sur moi. D’être fière. Solennellement vivante.

Nous avions rendez-vous chez le notaire, c’est pour ça.

J’ai mis mon pantalon fushia, celui acheté à la friperie samedi. Na. Pantacourt. J’ai mis une tunique indienne jolie, très fine en coton. D’un vert vert d’eau ? Vert d’eau ? Je ne sais pas définir les couleurs. Vert étang ? Broderies et perles, couleurs turquoise et ocres et blancs.

Gilet prune foncé, quetche le gilet, zut, comment on orthographie la prune rouge et allongée ?

Et puis je suis allée chercher quelque chose d’elle dans mes boites à bijoux. J’ai vu la bague en corail mais ça n’allait pas, j’ai les doigts pris. Et tout de suite j’ai pensé à sa broche. Un des rares bijoux qu’elle m’ait donné de son vivant. Non pas qu’elle fut radine mais simplement nous n’y pensions pas. Elle me donnait beaucoup, un peu tout ce que je voulais, mais les bijoux nous n’y pensions pas, non. Et un jour , solennellement, elle m’a dit :

« Tiens  prends la cette broche, je te la donne . A Toi. »

La vieillesse devenait forte et lourde, de ces moments où l’on sait qu’il faut commencer à donner, à choisir à qui  l’on donne, pour laisser derrière soi. Laisser derrière soi, quand on ne sera plus là. Cette broche, elle la mettait beaucoup. Elle est en or avec une perle au milieu et ce matin, c’était une évidence, elle avait les couleurs de ma tunique, tout autour, des petites choses bleues dans l’ovale noir.

Des petites choses bleues turquoise dans l’ovale noir au centre duquel est la perle couleur ivoire. C’est une évidence ce matin de l’agrafer sur mon gilet aux mailles serrées.

Prune. turquoise. Ivoire. Fushia.

Cette broche je ne la mets jamais, je ne sais pourquoi. Elle parait neuve. Elle est encore la sienne. Ma mère, qui la portait souvent. Souvent sur son pull ocre-beige en mohair, au col mou et tombant. Ou bien y avait-il deux morceaux de lainage se croisant devant, sur la poitrine ?

Je l’ai posée sur ma veste. Il fait chaud, je ne porte rien d’autre sur ma tunique d’eau et de perles. Je ne dis rien à personne. Il n’y a personne pour savoir et surtout personne pour comprendre ce secret. Comprendre que j’achète une maison avec ton argent ma mère. Je ne veux pas dire ici  » maman », ça je le dis en silence quand je te parle doucement. Ou quand je me tais, quand je te vois, c’est là que je t’appelle Maman.

J’ai suffisamment pleuré au ciel de tous nos malheurs et de ta souffrance trop longue en te nommant, en suppliant, les larmes pleines.

Non. Ce matin c’est souriant. La broche fière. Que je te vois.

Une heure avant de partir au rendez-vous, j’ai cru faire un malaise. Mon corps ne me portait plus dans ma tête. Le grand manège, l’épiderme sans dessus dessous, les tripes à l’envers, j’avais faim, j’avais soif, je ne voulais plus rien, je ne pouvais plus.

Je suis allée dans la cuisine et lentement j’ai découpé une pomme. la pomme est mon amie. Toujours. je l’ai croquée par quartier, lentement, jusqu’au jus sous mes dents. J’ai remis la radio. Le Japon. Que j’aime. Qui nous touche tant. Je l’aimais déjà avant.

J’ai retrouvé un élan, des pieds sur la terre. J’étais prête. Je respirais maintenant.

Ensuite tout s’est déroulé. Le notaire était jeune et attentionné. Nous avons parlé de ce que je veux faire, des successions, des legs, ce genre de choses. très compliqué mais interessant. A suivre…

Ensuite la maison, le présent. Facile. Clair, net. Nous sommes décidés même si cette maison va nous révéler ses défauts très vite car elle n’a pas été habitée durant quelques années. On s’en fout. On est heureux.

C’est un tournant, et un prolongement.

La broche était cachée, j’avais enlevé la veste et sous les plis, sur le coude du fauteuil, la broche écoutait.

Plus tard, sur le quai de la gare tu m’as dit  » On va être heureux dans cette maison ». J’ai dit Oui.

Tout à l’heure dans le fauteuil en osier, mon chat chéri est venu relire le compromis de vente avec moi. Il est resté très calme, il m’a apaisée. On a tout compris ou presque. Il a approuvé, s’est laissé allé de tout son long pendant que je tournais les pages. Calmement.

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Une maison, un jardin.

Une maison pourquoi ? Et au fil des visites et des sentiments, tout ce qu’on met dedans.

Faudra-t-il s’y reconnaitre ? Faudra-t-il y être différents ? Je sais ce que je vis les mains dans la terre. Tout ce que j’y mets, de l’essentiel.

Une maison donc un jardin. Comme pour tout ce que j’aime, tous ceux que j’aime et dont j’ai tant besoin, je m’efforce de m’en passer, je me fais régulièrement cette violence,  silencieusement. J’ai passé ma vie d’adulte comme cela, à me prouver qu’on peut se passer de…Pourquoi ? Je ne sais pas. Ce goût de tester vers l’ultime, de ce « comment vivre » sous toutes les conjugaisons. Creuser vers la source, refuser la dépendance vis à vis de quoi que ce soit ? Illusion.

C’est petit à petit que j’ai compris que j’étais terrienne. Comme ce n’était pas de bon aloi chez mes parents, je me taisais. Je le vivais en douce. Ce n’est que plus tard que je l’ai compris puis écrit. Mais c’est resté comme un secret ou un tabou. Pourquoi ? Parce que cette génération, celle des parents des années 20, ne voyait de l’interet que dans le progrès et repoussait loin leurs ancêtres qui s’étaient usé les mains ?

 

 

La roue des générations tourne. Et puis j’étais la seule de la fratrie à aimer la nature et la terre. Je ne le savais pas. C’est le bonheur de rencontrer des béarnais qui me l’a révélé au grand jour. Nous vivions en maison, toujours dehors, chez eux, leur terre, leurs rivières, ils m’apprenaient tout. Ce fut le commencement. Et puis, en Drôme depuis plus de treize ans, j’ai toujours eu un lopin à moi. Soit du jardin collectif-partagé, soit un jardin tout court. Sauf depuis quatre ans. Pourtant c’est moi qui ai choisi de venir en appartement, c’était plus simple, moins cher, et je changeais de travail, de salaire, etc.

Je fais toujours mes choix avec le sourire, cela ne sert à rien de pleurer si tu ne subis pas. Le jeu est dans tes mains, assume. C’est vrai que je suis autoritaire mais en vieillissant je me rends compte que je le suis autant avec moi qu’avec les autres.

Alors les visites de maisons se suivent sans se ressembler mais continuent de creuser une veine, un tunnel qui bouge, qui fait ressurgir, qui interroge, essaie de trier en moi et emmêle tout. Dès que je vois  un jardin qui a du vécu, je frissonne. Des arbres, des fruits, un espace qui parle déjà, que j’ai envie de prendre dans mes bras. Mais on ne vit pas que dans le jardin, n’est ce pas  ? Il faut être raisonnable et bien regarder la maison aussi.

 

Un jour il y aura celle, ou simplement le moment. Le tunnel sera percé, les certitudes amorçées, la peur envolée. Et on dira Oui. Comme un baiser. Au moment où on ne s’y attend plus, peut être ?

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Souvenirs et peaux neuves

Samedi.

Froid revenu mais soleil. Depuis la Saint Valentin, les merles chantent le matin. Tout est là.

Encore une maison visitée hier. C’est difficile et excitant de visiter des maisons dans l’idée d’acheter. Je n’ai jamais voulu être propriétaire, j’étais contre cette idée.

Et puis un héritage, et puis l’horizon d’une retraite très difficile financièrement. Bon , j’y récolterai ce que je n’ai pas semé mais  je ne regrette rien. Avoir fait ce dont j’avais envie, avoir quitté des boulots sécurisants, être partie loin, avoir repris des études à quarante ans, non, cela me plait, cela est moi.

Une vie instable, des déroutes et des certitudes. Aucune envie de résultat, juste tenter des parcours. Impossible de se spécialiser dans une seule branche, je suis un macaque qui saute sur les arbres pour attrapper des bananes de couleurs.

Alors quelle cabane où vivre ? A roulettes ? Vue sur cour ? Vue sur vue ? Un peu, beaucoup, jardin, loin, près, escaliers de bois, terrasses modernes ? Oui, visiter une maison c’est épuisant et excitant. Alors on va pas se presser pour ne pas perdre la tête,  ce peu qui nous reste.

Faut-il penser vieillir quelque part ? Non, faire des projets c’est de la connerie. La vie te fout par terre, rien n’est acquis, tout te bouscule et aucun plan ne tient la route. S’adapter, point barre. Je refuse de m’imaginer dans dix ans. Il y a dix ans, je ne pouvais pas prévoir ce que je vis actuellement. Ni le lieu, ni la façon. Dans dix ans ?, si, je suis sûre d’une chose, je suis sûre que mes articulations seront craquantes à souhait et mon souffle plus court, je sens déjà…Pour le reste, je ne veux rien savoir, je ne sais rien même si j’aimerais parfois, enfin un chouïa. Une fée viendrait juste me donner les bonnes nouvelles du futur et elle aurait la grâce de  se taire pour tout le reste.

Les fées sont gracieuses n’est-ce pas ?

Quoi d’autre en Février sur Blogues ?

– Souvenirs de voyages sur la tortue légère, comme d’hab.

– Et peau neuve sur le motu, le lieu de tout-est-possible, tu le sais bien.

– Et encore des changements de décor ici ? Peut être. Sur ce modèle, la police est trop petite, je trouve…non ?

Un jour je finirai par faire des blogs où je n’écrirai plus mais je changerai  juste la déco plus souvent. Le message sera sur les murs, et c’est tout, tout le monde sera prévenu, donc pas d’angoisse. Un décor à facettes, une apparence  mouvante où rien n’est tout à fait, ni toi, ni moi. Puisque tout est caché dans les coulisses, nous le savons.

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Quand c’est le moment

Quand c’est le moment, te voilà entrain de faire ce que tu ne te  croyais plus capable de réaliser. Tu l’as voulu, tu le veux, peut être même tu essayais avant, mais ce n’était pas le moment. Hier deux choses se sont produites que j’attendais depuis longtemps. Cela répond presque au tag de Nicolas dans les commentaires du billet précédent : donner en photos quatre résolutions 2011.

Pour moi cela date d’il y a plus longtemps que cela, ce ne sont pas des résolutions de réveillon. La première chose que j’ai réussie pour la première fois, vraiment, j’essayais de la faire depuis des années. Mais le plus souvent j’obtenais du raplapla sans vraiment savoir pourquoi alors qu’il est question de levées, de bulles d’air, de légèreté.

Hier j’ai donné sans compter. Le beurre à flots, la levure en double, la farine à la pelle. A la deuxième levée sur le radiateur de la salle de bains, j’ai bien vu que quelque chose se passait. J’ai fait des tresses à la Belle et elles ont pris leur ampleur. J’ai failli trop faire cuire au four, ce truc infernal qui chez moi se nomme « four ». Mais OUI. OUI.  La brioche est belle, folle, grosse, une ogresse. Chaude, j’aurais pu me vautrer dans ses plis et tout dévorer mais je me suis retenue, on aurait frôlé le Fellini dans ma cuisine. J’aurais même pu la mettre dans mon lit et prendre un kilo par heure à grand renfort de confitures.

Et elle venait comme une princesse couronner une fin de semaine sans ordinateur et surtout, surtout, sans allumer l’ordinateur le matin. Voilà ma deuxième célébration ! Depuis six mois je ne voulais plus partager mon petit dejeuner avec le wouèbe, mais je n’étais pas mûre, ce n’était pas encore le moment. Ca y est j’ai passé le cap. Je n’ouvre plus la sale bête à 7h. Depuis plus d’une année j’en ai laissé de côté ma gym et yoga et consorts face au lever du soleil. Depuis un an je loupe plein de matins (moi qui suis du matin! ) parce que je ne sais pas ouvrir l’ordinateur juste pour 20 minutes. Si rien ne m’attend, je vais prendre le temps : blogs personnels, photos, blog-amis, mails…deux ou trois heures peuvent s’écouler au dehors sans que je ne réagisse. J’étais accro. Je sentais la morsure, l’addiction et parfois jusqu’à l’écoeurement.

Je ne regrette pas. Je dois toujours m’adonner à quelque chose, le dévorer, avant de pouvoir me ressaisir et être capable de doser. Alors j’attendais d’être prête. Et voilà. Depuis vendredi 21 janvier 2011, je suis prête. Je n’ai plus besoin de ma dose. C’est pour moi une petite victoire. C’est ainsi. J’ai aussi quitté le projet d’écriture collective auquel je participais. Il m’a fallu six semaines et  une contribution de douze pages de beaux textes pour réaliser que je n’étais pas faite pour cette aventure et que cette aventure ne m’allait pas. Je n’arrivais pas à suivre le mode d’emploi, lequel n’était pas toujours très explicite non plus. Et je me suis sentie soulagée, aussi parce que le rythme était soutenu et demandait d’être sur le net chaque jour, plusieurs fois par jour, l’interactivité y était vive, pressante, et j’ai adoré cela puis le fil s’est coupé, je ne pouvais plus y être. Beaucoup de sentiments se sont alors échappés, découverts, et je me suis sentie différente et prête à autre chose. Ouverte au monde du dehors, ayant fait le tour de beaucoup de choses sur le net et plus apte à me retrouver, moi, ailleurs, loin des écrans blancs qui scintillent dans nos solitudes.

Bon, Cher Nicolas, cela ne fait pas quatre, mais peut être deux résolutions, entre ne plus allumer l’ordinateur au petit déjeuner et réussir les brioches, mais en conséquence directe il y a reprendre soin de soi, refaire des exercices de bien-être à la maison, le matin… Il y  a autre chose, bon allez en troisième, c’est retourner voir les amis aux quatre coins de France. C’est en cours,  étape numéro un l’Auvergne (patience pour les photos !!) ! Et, hop! en 4 : je veux changer mes collages, trouver d’autres façons, d’autres formes / supports / matériaux…je ne sais… Des idées ?

 

 

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Un travail qui réconforte.

Hier j’avais besoin de réconfort, et tu sais où je l’ai trouvé ? Au boulot. C’est dingue, non ? Je me suis dit  C’est fou. C’est beau.

Je ne suis pas une pro-travail, je suis une pro-aimer ce qu’on fait, y trouver sens et vie ou bien partir. C’est trop important tout ce temps qu’on passe hors de chez soi. Je trouve que cela doit apporter un plus, au delà du financier, sinon c’est trop minant. En tout cas j’y suis devenue tellement sensible, les ambiances et les mal-êtres ( être mal, se sentir mal, les gens en détresse, les qui tapent l’incruste et emm….tout le monde au lieu de prendre de l’air, les qui règlent leurs problèmes personnels au boulot, les complicités institutionnelles, les choses qu’on fait mais qu’on devrait ne pas faire, celles qu’on subit malgré nous envers et contre toute éthique personnelle – en particulier dans les domaines sanitaires-sociaux que je connais, etc etc), non ce n’est plus pour moi pour le moment. Chu pô capable, comme diraient les québécois.

J’ai souvent travaillé à temps partiel, y compris en cumulant deux ou trois job dans des structures, des contenus et des contextes différents, et je me rends compte que c’est cela qui me convient le mieux. 2010 a été une année bénie pour moi car j’ai pu réintégrer un travail de formatrice en français, pour adultes, dans le domaine de l’alphabétisation et de la lutte contre l’illettrisme dans un lieu que j’aime beaucoup, au sein d’un « quartier », avec des femmes d’origines étrangères. Je fais des remplacements maternité, c’est provisoire mais là ça dure et c’est d’autant plus précieux. Avoir quitté ce job en 2003, où j’avais un poste dans cette même structure, est peut être la seule chose que je regrette dans ma vie, mais bon, c’est comme ça.

Et hier j’ai réalisé à quel point cela m’apportait. D’habitude je me consacre plus sur ce que j’apporte aux autres tout en sachant que c’est extrêmement mutuel. Mais hier elles m’ont sauvé la mise mes petites dames. On est heureuses ensemble. Sortir pour deux heures de cours est souvent LA sortie, et le seul moment où elles sont en contact avec la langue française. Les cours ne sont pas des cours, ce sont plutôt des ateliers avec une pédagogie pragmatique basée sur leurs besoins au quotidien. Régulièrement nous buvons thé et café tout en travaillant.

L’année dernière, avec un des groupes, nous avons créé un imagier : un dessin-un mot

Cette année j’ai un groupe très passif, le matin. Des femmes qui sont « handicapés de la communication » avec vingt ans de vie ici, elles ne savent toujours pas l’alphabet. Elles sont marocaines et ne sont jamais allées à l’école. Tracer une lettre est un challenge. Elle ont du mal à découper des lettres tracées sur du papier. Monter sur une chaise leur est pénible ( pour accrocher un dessin, etc). C’est vous dire…qu’il m’a fallu trouver une idée, un fil conducteur ludique et qui porte quand même une illusion d’apprentissage.

Et j’ai créé l’Atelier du calendrier. Une à deux fois par semaine , sur des bouts de papiers, en coloriant, dessinant, en découpant dans des magazines…elles mettent au mur les jours et les mois. Nous n’avons aucun budget, on fait avec de la récupération de vieux papiers, je n’ai même pas de bons gros feutres corrects et pas encore de gouache et pinceaux comme j’aimerais. Je ne sais d’ailleurs même pas si il y aura de quoi m’embaucher en septembre ni de quoi continuer les cours. De nos jours tout ce qui est apprentissage qui-ne-conduit- pas-vers-un-emploi est beaucoup moins subventionné.

 

Notre salle était très moche, vieille et peinture jaune pisseux, la voilà tapissée de couleur. Elles sont heureuses et fières, elles viennent signer leurs  » oeuvres » en les accrochant petit bout par petit bout. Et moi j’ai un alphabet géant sur les murs.

Il n’y a pas de réel enjeu linguistique  ni de notions de résultats car ces personnes n’utilisent pas notre langue, donc elles ne peuvent pas apprendre vraiment. Une langue est vivante, elle se pratique, il faut du coeur, de l’envie, des besoins impérieux pour l’assimiler. Ce n’est pas leur cas. Mais l’enjeu est ailleurs et de taille. C’est celui des possibles. OUI je peux, NON je n’abandonne pas, oui je sors de chez moi, j’achète un cahier, des crayons, des ciseaux et de la colle et je vais  » à l’école » quelque soit mon âge et ma condition sociale. Moi, femme, qui n’ai pas eu cette chance dans mon pays.

Ainsi coulent les jours entre nous et alors, même pour 15h hebdo et 600 euros mensuels, ce que j’y trouve n’a pas de prix.

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Etre là

Passagère elle dit ce sentiment d’urgence qu’elle a toujours eu. Elle dit les signes, elle a besoin des couleurs, de l’amour, des preuves d’amour plus que tout.

Alors elle rêve d’une petite feuille suspendue, d’un roseau flottant dans le ruisseau. Et elle rêve de vous. Les inconnus, les lointains, elle les aime bien. L’année a passé. Il y a des années qu’on marque d’une pierre blanche. Celle où on l’a rencontré, celle où on l’a perdu, celle où on ne savait plus, celle où on a quitté, celle où on a trouvé. De tout ce qui fait vivre. Cette année n’est ni ceci ni cela, elle est juste, sans plus, à part le retour d’un super boulot (oui quand même c’est génial), elle est juste passante, passagèrement là.

Pour tenir un blog il faut être un peu mal, un peu en demande, un peu comme ci ou comme ça, étranger, malheureux, fiévreux face à la vie, en recherche de partage, de reconnaissance, dans une période où on est seul ou bien on a besoin de s’isoler, ou non, on a besoin de dire, on est acharné de soi-même, on veut montrer, on veut être important quelque part dans le monde, même juste un instant. Oui, on est forcément un peu désespéré. Ou non, on veut partager, on dira cela simplement, avancer et partager, mais je crois que c’est tout autre chose. Et puis disons que c’est la faute de la technologie, mince, il y a des ordinateurs, il faut s’en servir, c’est un outil important. Important ?

Cette année j’ai  testé des tas de blogs en moi, j’en ai des paquets, comme des paquets de biscuits, ceux avec du chocolat, ceux avec des fruits, ceux aux meringues, les sablés et les feuilletés. Il me reste sûrement des trucs à goûter. On en revient à la gourmandise, hein ? En cette fin d’année j’ai même un ordinateur à moi, rouge et portable, tu vois où mène la technologie ? Euh…La gourmandise ?

Cette année j’ai stagné un peu dans mes recoins, comme un lac qui a peu de courage sur sa barque. Lentement, laisse glisser. Mais je t’ai quand même rencontré. Toi et toi et toi. Que je ne connaissais pas avant. On s’est écrit aussi, c’est ti pas beau cette vie ?

J’ai des projets pour les deux ans qui viennent. Tiens toi prêt. Des preuves d’existence et pas de résignation, non. Voilà je me préviens, je me dis. Voilà.  Vais-je me mentir ? Hum, comment, qu’est ce que tu dis ?

 

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