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Le geste est tout pour moi

Comment prend-on confiance en soi ? Comment perd-on la peur, comment ose-t-on donner sans craindre de décevoir ? On appelle ça l’assurance ou le courage. C’est l’amour qui fait cela. Petite sans doute ai-je été presque adulée. J’étais la dernière dans le panier. Après moi plus aucun enfant ne viendrait réchauffer la maison désertée. Puisqu’on savait que les enfants s’en vont et parfois avec fracas ( on allait le vivre durement avec les deux aînés) on me cajolait comme la dernière petite boule de Noël sur un sapin. On a cru en moi, de manière immodérée. Cela me vaut une tonne de défaut et une fragilité à toute épreuve, dûe au sac de noeuds de celui qui doit être aimé et séduire pour faire, pour apprendre, pour créer. Certes je m’aime immodérément. Premier défaut. Dont je ne peux plus me passer. Je n’ai que moi pour me vivre, je dois donc m’apporter un minimum de soutien personnel. Je sais aussi porter et soutenir en retour, je sais porter espoir pour deux, trois, et plus.

J’aime la subjectivité, je ne sais rien faire parfaitement, je n’aime que le jeté sur le lit où tous on s’assoit en hurlant des bêtises genre  » Belle est la vie, Vive nous ! ». Car à part cela, la vie me paraît bien trop cruelle pour être belle.

Je n’ai pas besoin de faire bien les choses pour en être satisfaite, j’ai juste besoin que dans l’instant un plaisir naisse en moi, sans scrupules, très naïvement, avec cette certitude enfantine de faire naître une joie chez l’autre. Croyante que je suis qu’un geste suffit pour rendre heureux, comme un geste de toi suffit à me rendre heureuse. Je revendique le droit à la spontanéité même si elle ose ses défauts et peut déranger. Je dois parfois expliquer cela, c’est étrange, il m’arrive, oui, de devoir être très explicite et dire et redire et convaincre que c’est le geste qui compte et que ce que tu dis être un « petit rien » pour toi est immense pour moi. Crois-moi.

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Moi j’dis…

Moi j’dis qu’y en a ils z’envoient des trucs bizarres alors faut pas s’étonner que le facteur il traine la savate…

Waouh les bretonnes ont frappé un grand coup ce matin !

Le jardin au vent qui pense et la fille qui danse dans les rues, par exemple, je dis pas des noms, moi, je dis juste qu’y en a elles z’ont pas peur de  timbrer leurs pensées.

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Je dis juste qu’il y a des blogueuses qui n’ont pas froid aux yeux ni aux guibolles.

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Et je dois dire que ça me fait tout chose aussi because je n’envoie rien en ce moment, rien fabriqué avec mes paluches. Comme un laisser aller, une grosse flemmingite dans les aïgus. Ben t’as quoi, tu spleen ou quoi ??

Et pis faut dire IL FAIT CHAUD !! Pas toi ?

Nan, sans blague c’est quoi c’te canicule d’avril là ? Je commence à me poser des questions.

La Bretagne a soif et danse pieds nus dans les rues. On vit en robe d’été ici et on pourrait dormir dehors, même qu’on aurait chaud, pas un poil de fraicheur la nuit ou si peu. Ké Passa ??

Nan pasque j’avais une théorie sur la météo Toto. Suite à mes fines observations d’icitte, j’avais trouvé que les années où tout était décalé, en avance. Genre : le froid d’hiver en novembre puis rien…Puis avril en short et en sueur…Ben ces années là l’été était un peu malade, mitigé, pluvieux froid fin juillet, pas top top, forcément puisque l’été a déjà donné en avril-mai.

Bon mais là j’ai un doute qui m’étreint. Je sens le truc pas clair, une embrouille à l’horizon. Va falloir que je brieffe ma grénouille sur le balcon.

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N’empêche. N’empêche j’ai fini le livre de K. Hagena. J’avais fait un billet titré  « Je ne suis pas décue. « 

Je confirme.

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Ce livre est tombé pile poil. J’étais dans la soupe, fallait juste remuer à petit feu. y’avait tout pour moi à ce moment là, précisément.

Je l’ai entendu à la radio encore une fois : un livre c’est une question de moment. Ce n’est pas tant que le livre soit « bon » ou pas. C’est surtout le moment qui fait que « ça colle », ça te colle à la peau. C’est rare, ce n’est pas tout le temps l’emboitement parfait, ça ne fait rien. Et desfois c’est.

En avril-mai 2005 j’avais enfin pénétré l’univers de Jim Harrison. Je l’entendais à la radio, je le guettais, je savais mais je n’osais. Ce n’était pas l’heure. Et puis sur une pulsion j’ai acheté un de ses bouquins. Je m’en souviens. Je venais d’emmenager dans une maison. J’étais tout le temps au jardin. Je l’ai lu dehors, sans m’interrompre. Il me parlait. Mon arrière-grand-père me parlait, Les grands lacs me parlaient. Rien d’autre ne comptait. A partir de ce moment là j’ai repris les rênes pour refaire le grand voyage vers le pays de ma grand-mère. Cela m’a pris deux années, de recherches en archives généalogiques y compris.

Deux années pendant lesquelles j’ai lu tout Harrison. Point.

Pour  « le goût des pépins de pommes »  je pense qu’il faut avoir connu certaines ambiances. Des ambiances familiales de senteurs, de fruits, de fleurs, des grands jardins où se nicher.Des abeilles qui grondent quand tu passes sous la tonnelle.

Une copine d’atelier d’écriture m’a écrit  » Ah tiens ? tu l’aimes ? Je n’ai pas réussi à le finir ce livre. » Oui, je comprends. C’est un livre de moment dans la vie. De souvenirs. De rivières, de jupons, de riens. J’adore les courses qu’elle fait, ce qu’elle rapporte à manger. J’adore qu’elle se baigne nue dans une eau noire. J’adore le poulailler repeint en blanc dans la nuit. Et bien sûr sa grand-mère qui perd la boule, c’est formidablement écrit. L’escalier qui craque et parle. Les odeurs, la bicyclette, le drame, les marches du perron où pécorent les filles. Tu t’y plonges ou pas. Et pour ma part j’ai éprouvé le besoin de lire entre le dehors et le dedans, le plus souvent sous le vent, au soleil, j’avais besoin de sentir l’air, de me mettre à portée du chant des merles, de l’alentour, d’être frôlée.

J’ai pris le temps aussi. Impossible de lire juste quelques pages à la fois.

Je voulais tout oublier de l’ici et partir complétement dans la maison avec elle. Sentir le coton des oreillers, jeter la robe noire pleine de sueur qui colle à la peau. Toucher la main du vieux monsieur venu déposer son secret.

Manger enfin les pommes sous l’arbre. Poser la couverture sur l’herbe mal fauchée. Partir, évoquer, souvenir, presser la pulpe, m’alourdir, rêver.

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L’élan, la solidarité, les bons cinglés

C’est un appartement dans le quartier HLM où je travaille. Il a toujours été dédié à la solidarité. Maintenant c’est une association qui l’habite et y organise des ateliers autour de la décoration et le développement durable.

Peinture à la chaux, pigments, carrelage, produits ménagers naturels, économies d’énergie, faire son jardin d’appartement, etc Des  temps de rencontres et de formation y sont donnés.

Des chantiers solidaires aussi. C’est à dire que tu apprends en allant aussi épauler des professionnels qui retapent des lieux privés : appartement, foyer d’hébergement, etc.

Et si tu es seule, tu es une femme, tu viens de récupérer un appart tout pourri. Tu viens là te faire aider. Tu ne sais pas bricoler, ni réparer ton évier. Tu viens là. Tu veux apprendre des techniques naturelles, les matériaux et les gestes. Tu viens là.

Ce matin,quatorze femmes analphabètes et moi, c’est à dire quinze gonzesses, ont été accueillies pour fabriquer leurs propres produits ménagers.Génial bien.

Ensuite, avec l’animatrice on a parlé de mon crédit-temps. Si tu viens à un atelier tu peux donner des euros ou tu t’inscris sur la banque de temps. Tu donneras des heures sur un chantier. Je suis venue m’initier au carrelage il y a deux mois, j’ai donc une dette de temps.

Elle me dit qu’une dame a récupéré un appart  horrible, avec plafonds à gratter puis enduire joli. Cherche soutien et petites mains pour ne pas désespérer. Vendredi. OK.

Je suis repartie jouasse. J’aime énormément cet endroit. J’aime les gens dingues, qui agissent, se foutent des pessimistes et font.

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J’aime aussi, hier et aujourd’hui, encore des cinglées du courrier dans ma boîte. Le geste pour le geste, le don pour le geste. Une phrase là, un peu plus ailleurs. Peu importe. L’élan de saluer, l’élan simplement.

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Je me suis souvent sentie seule dans mes postages à tout va, mes bouteilles à la mer.

Je me rends compte que je ne le suis plus. Grâce à vous.

C’est une joie, une émotion. Celle de se sentir reliés, celle qui me rend la vie plus vivable, moins désespérée.

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Bien, plus loin que les mains

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Transports. Transports de pensées, gaieté simple. Envois. Envoie. Et vois.

A défaut de parcourir le monde, laisser voguer.

Une blogueuse a rejoint le club des cinglés du courrier. De celles et ceux qui n’ont pas peur de timbrer, même pour rien, pour personne, pour l’inconnu complet.

Soyons des inconnus. Tout à fait.

Une petite fille qui m’avait servi des brochettes de feuilles et de violettes au bord de la rivière, m’a posté prose et dessins.

Dimanche. Je lui fait une maison.

Le temps n’est ni gris ni bleu, les deux. Encore froid.

Elle ne va pas à l’école, elle vit sa vie cette petite fille. Elle fait son jardin, elle suit son cours de vie avec ses parents qui veulent un monde différent.

Et le font.

Dimanche. Les enveloppes sont prêtes, entassées.

Les mains ont butiné. Avant les couleurs j’ai dessiné le pain. Encore à cause de ces blogueuses qui font. Je me suis dit, retentons. Il faut toujours tenter mille fois face à la tentation.

J’ai tourné les bras et les mains, faisant une danse avec la pâte, m’imaginant au coeur d’un batteur, d’une machine brassant, pétrissant. Je n’ai jamais vu faire, j’imagine. Il faut imaginer et se croire capable.

Cela ne marche pas toujours mais bon…J’ai fait une tente berbère dans la salle de bains, entre radiateur, pain, serviette au dessus. Un pain couvé en quelque sorte. Ensuite j’ai tout gâché, ça c’est moi, en badigeonnant dessus de l’huile et de l’eau froide juste avant le four, sur un pain tout chaud, tendrement gonflé.

Moi et la chimie c’est pas ça… Il a plissé. Puis il a retendu ses rides au four.

Bref…Il a fait des efforts pour me faire plaisir.

 

Le résultat est une miche gentillette, tendre et assez aérée. Elle ne goûte pas la levure mal montée, ni le raplapla-des-degâts (je rappelle que mon four n’a pas de thermostat, un feu de dieu).

C’est l’autre jour, chez la maman chérie de la petite fille, que j’ai mangé son pain si bon. Sa première réussite totale, vraiment.  Cela donne envie.

Son levain-maison se nomme Martin. « maman a donné un nom à son levain, elle est folle celle là » à dit l’enfant, ravie.

Ils ont déménagé et maintenant le levain se plait. L’autre maison était trop froide et humide. La nouvelle sent le feu de bois, Martin aime ça.

Et moi, et moi….

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Je suis décidée, quand j’aurais une maison, quand je serais….quand…j’aurais un levain, Tintin.

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Courriers des coeurs palpitants

Lundi, courrier d’une blogueuse

Mardi, courrier d’une blogueuse.

 

2010-2011 courriers de blogueuses

 

Courrier de toi, courrier de moi. Tes caramels, tes collages, tes recettes, tes photos. Mes collages, mes bricolages, ta musique, tes mots, ton écriture.

Nos coups de mou qu’on ne dit pas. Nos coups de mou qui s’envolent avec l’enveloppe dedans. Des facteurs gentils et des méchants. Bouh.

Des histoires et même des personnages de blogues qui se nouent entre nous. Quoi d’autre que le rêve et la liberté d’imaginer pour combattre au quotidien tout ce qui nous tombe sur le nez ?

Des mots, des secondes données, du temps, des pensées. Quoi d’autre pour exister ?

Pourquoi ? Pour rien. Tout simplement. Parce qu’on sait y trouver. On sait combien même un peu….

Ose, oser, osera, osier, panier, oiseau lyre, oisiller, osé, rose, oser.

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Etre là

Passagère elle dit ce sentiment d’urgence qu’elle a toujours eu. Elle dit les signes, elle a besoin des couleurs, de l’amour, des preuves d’amour plus que tout.

Alors elle rêve d’une petite feuille suspendue, d’un roseau flottant dans le ruisseau. Et elle rêve de vous. Les inconnus, les lointains, elle les aime bien. L’année a passé. Il y a des années qu’on marque d’une pierre blanche. Celle où on l’a rencontré, celle où on l’a perdu, celle où on ne savait plus, celle où on a quitté, celle où on a trouvé. De tout ce qui fait vivre. Cette année n’est ni ceci ni cela, elle est juste, sans plus, à part le retour d’un super boulot (oui quand même c’est génial), elle est juste passante, passagèrement là.

Pour tenir un blog il faut être un peu mal, un peu en demande, un peu comme ci ou comme ça, étranger, malheureux, fiévreux face à la vie, en recherche de partage, de reconnaissance, dans une période où on est seul ou bien on a besoin de s’isoler, ou non, on a besoin de dire, on est acharné de soi-même, on veut montrer, on veut être important quelque part dans le monde, même juste un instant. Oui, on est forcément un peu désespéré. Ou non, on veut partager, on dira cela simplement, avancer et partager, mais je crois que c’est tout autre chose. Et puis disons que c’est la faute de la technologie, mince, il y a des ordinateurs, il faut s’en servir, c’est un outil important. Important ?

Cette année j’ai  testé des tas de blogs en moi, j’en ai des paquets, comme des paquets de biscuits, ceux avec du chocolat, ceux avec des fruits, ceux aux meringues, les sablés et les feuilletés. Il me reste sûrement des trucs à goûter. On en revient à la gourmandise, hein ? En cette fin d’année j’ai même un ordinateur à moi, rouge et portable, tu vois où mène la technologie ? Euh…La gourmandise ?

Cette année j’ai stagné un peu dans mes recoins, comme un lac qui a peu de courage sur sa barque. Lentement, laisse glisser. Mais je t’ai quand même rencontré. Toi et toi et toi. Que je ne connaissais pas avant. On s’est écrit aussi, c’est ti pas beau cette vie ?

J’ai des projets pour les deux ans qui viennent. Tiens toi prêt. Des preuves d’existence et pas de résignation, non. Voilà je me préviens, je me dis. Voilà.  Vais-je me mentir ? Hum, comment, qu’est ce que tu dis ?

 

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