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Le geste est tout pour moi

Comment prend-on confiance en soi ? Comment perd-on la peur, comment ose-t-on donner sans craindre de décevoir ? On appelle ça l’assurance ou le courage. C’est l’amour qui fait cela. Petite sans doute ai-je été presque adulée. J’étais la dernière dans le panier. Après moi plus aucun enfant ne viendrait réchauffer la maison désertée. Puisqu’on savait que les enfants s’en vont et parfois avec fracas ( on allait le vivre durement avec les deux aînés) on me cajolait comme la dernière petite boule de Noël sur un sapin. On a cru en moi, de manière immodérée. Cela me vaut une tonne de défaut et une fragilité à toute épreuve, dûe au sac de noeuds de celui qui doit être aimé et séduire pour faire, pour apprendre, pour créer. Certes je m’aime immodérément. Premier défaut. Dont je ne peux plus me passer. Je n’ai que moi pour me vivre, je dois donc m’apporter un minimum de soutien personnel. Je sais aussi porter et soutenir en retour, je sais porter espoir pour deux, trois, et plus.

J’aime la subjectivité, je ne sais rien faire parfaitement, je n’aime que le jeté sur le lit où tous on s’assoit en hurlant des bêtises genre  » Belle est la vie, Vive nous ! ». Car à part cela, la vie me paraît bien trop cruelle pour être belle.

Je n’ai pas besoin de faire bien les choses pour en être satisfaite, j’ai juste besoin que dans l’instant un plaisir naisse en moi, sans scrupules, très naïvement, avec cette certitude enfantine de faire naître une joie chez l’autre. Croyante que je suis qu’un geste suffit pour rendre heureux, comme un geste de toi suffit à me rendre heureuse. Je revendique le droit à la spontanéité même si elle ose ses défauts et peut déranger. Je dois parfois expliquer cela, c’est étrange, il m’arrive, oui, de devoir être très explicite et dire et redire et convaincre que c’est le geste qui compte et que ce que tu dis être un « petit rien » pour toi est immense pour moi. Crois-moi.

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Passage

Y a-t-il toujours un début et une fin ?

J’ai passé beaucoup de temps de ma vie autour d’eux, à tourner, traficoter de façon malhonnête autant que possible.

Y-a-t-il toujours un début et une fin ?

J’ai souvent dit non. J’ai parfois pensé oui.

Comme le fil déroulé, aurait-il de quoi s’arrêter ? Y aurait-il une nuit dans nos jours ? Y aurait-il des arrêts de parcours, des fins en soi.

J’ai longtemps pensé non, j’ai souvent fait comme si,oui.

Les grains et graines et poussières sont faits pour cavaler dans l’air. Nos grammes de riens, cette passagère idée de vivre, de retenir des destins, des envies, des patacaisses, de se sentir moins seul et moins loin. Et pour cela on est prêt à tout faire.

Tout, je suis sûre.

Une valise de tête faite et deux bras, pour les jambes, elles courent souvent avant moi.

Pour les photos elles seront toujours

Et il  y aura toujours du thé pour toi

Je t’embrasse, cher passager.

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Avec les mains

Koi que nié çà ??!

Ca niêtre un piti panier en journal fait de mes mains, m’sieurs dames !

Chui fière, et je voudrais bien que tu fasses avec moi alors je te montre.

C’est E., bénévole dans mon groupe du matin qui est venue nous faire une séance tressage de papiers. E. je l’aime bien, on a appris à se connaitre. Elle est de ces instit qui ont quitté le navire dans un sale état et essayent de se refaire une autre vie. Elle fait des paniers, en osier, et elle m’aide le lundi avec ces dames analphabètes et elle a le feeling, c’est chouette.

Avec ce groupe, vous le savez, je fais des dessins, des trucs qu’on met au mur, des jours écrits énormes, des mois aussi et on en fait des mobiles de couleurs, du papier peint, on en fait du plaisir, de la nourriture ensemble. L’atelier du calendrier ça s’appelait : je viens de mettre un billet là dessus : ici.

Tout ce qui les sort de leur coquille m’intéresse, tout ce qui fait appel à la motricité fine aussi, entre autre.

E. a donc proposé de nous faire faire des petits paniers tressés de bandes de papier journal. J’ai trouvé cela génial.

On a démarré ce lundi, on finit lundi prochain.

Ce n’est pas très facile, je suis donc contente car tout le monde a réussi à faire un premier essai, moi itou.

Au début ça va, tu croises trois bandes verticales sur trois bandes horizontales : dessous/dessus/dessous/dessus…comme un set de table, à plat, bien serré, c’est le fond de ta boite.

Ensuite va falloir monter le bidule et insérer les bandes du côté. Elles sont un peu plus larges et mon avis est de démarrer avec 2….3 étant un maxi, pour débuter…

Là c’est pas facile, faut des pinces à linge pour bloquer le schmilblic qui se barre en couillonades de tous côtés. Tu respires bien et tu fais l’abeille avec tes petits doigts. Y’a un moment où tu te dis que tu vas pas y arriver, débandade, ça flasquouille, t’en as plein les mains, tu sais plus où sont tes petits. Faut savoir dire stop et replier les bandes  en haut à un moment donné, pour sauver les meubles. Flac ! …avec des pinces tu bloques les évasions, tu coinces les récalcitrants à rentrer dans le rang. Ca loupe, tu recommences, tu tiens bon, tu y crois.

Dessus/dessous/dessus/dessous, evidement c’est ton mantra, tu ne déroges pas sinon c’est la pagaille et comme tu en as marre d’en baver pour ce qui ressemble à une mini serpillière en papier….tu te dis que c’est invivable ce truc.

C’est là qu’il faut l’animateur. Le pro qui vient t’encourager. Bon alors si t’as pas…euh…patience je viendre, après ma deuxième séance je serai au top.

Bon, non sans blagues, c’était juste pour vous donner envie. Moi maintenant j’ai envie de tenter avec divers papiers, des plus épais ou non. Je me rends compte aussi qu’avec les articles de journaux cela crée une mozaïque de mots pris au hasard, tressés dans l’objet. Tiens, tiens…

La forme bien sûr peut varier, large, petit, long, carré, rectangle…C’est assez solide je trouve, et cela se tient bien. En vrai c’est joli, je t’assure. Mes tites dames ont même commencé à « habiller » leur boite avec du papier épais, uni, de couleur : dessus, dessous, dessus..elle entourent et décorent avec des bandes de couleur.

A suivre…

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Moi j’dis…

Moi j’dis qu’y en a ils z’envoient des trucs bizarres alors faut pas s’étonner que le facteur il traine la savate…

Waouh les bretonnes ont frappé un grand coup ce matin !

Le jardin au vent qui pense et la fille qui danse dans les rues, par exemple, je dis pas des noms, moi, je dis juste qu’y en a elles z’ont pas peur de  timbrer leurs pensées.

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Je dis juste qu’il y a des blogueuses qui n’ont pas froid aux yeux ni aux guibolles.

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Et je dois dire que ça me fait tout chose aussi because je n’envoie rien en ce moment, rien fabriqué avec mes paluches. Comme un laisser aller, une grosse flemmingite dans les aïgus. Ben t’as quoi, tu spleen ou quoi ??

Et pis faut dire IL FAIT CHAUD !! Pas toi ?

Nan, sans blague c’est quoi c’te canicule d’avril là ? Je commence à me poser des questions.

La Bretagne a soif et danse pieds nus dans les rues. On vit en robe d’été ici et on pourrait dormir dehors, même qu’on aurait chaud, pas un poil de fraicheur la nuit ou si peu. Ké Passa ??

Nan pasque j’avais une théorie sur la météo Toto. Suite à mes fines observations d’icitte, j’avais trouvé que les années où tout était décalé, en avance. Genre : le froid d’hiver en novembre puis rien…Puis avril en short et en sueur…Ben ces années là l’été était un peu malade, mitigé, pluvieux froid fin juillet, pas top top, forcément puisque l’été a déjà donné en avril-mai.

Bon mais là j’ai un doute qui m’étreint. Je sens le truc pas clair, une embrouille à l’horizon. Va falloir que je brieffe ma grénouille sur le balcon.

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N’empêche. N’empêche j’ai fini le livre de K. Hagena. J’avais fait un billet titré  « Je ne suis pas décue. « 

Je confirme.

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Ce livre est tombé pile poil. J’étais dans la soupe, fallait juste remuer à petit feu. y’avait tout pour moi à ce moment là, précisément.

Je l’ai entendu à la radio encore une fois : un livre c’est une question de moment. Ce n’est pas tant que le livre soit « bon » ou pas. C’est surtout le moment qui fait que « ça colle », ça te colle à la peau. C’est rare, ce n’est pas tout le temps l’emboitement parfait, ça ne fait rien. Et desfois c’est.

En avril-mai 2005 j’avais enfin pénétré l’univers de Jim Harrison. Je l’entendais à la radio, je le guettais, je savais mais je n’osais. Ce n’était pas l’heure. Et puis sur une pulsion j’ai acheté un de ses bouquins. Je m’en souviens. Je venais d’emmenager dans une maison. J’étais tout le temps au jardin. Je l’ai lu dehors, sans m’interrompre. Il me parlait. Mon arrière-grand-père me parlait, Les grands lacs me parlaient. Rien d’autre ne comptait. A partir de ce moment là j’ai repris les rênes pour refaire le grand voyage vers le pays de ma grand-mère. Cela m’a pris deux années, de recherches en archives généalogiques y compris.

Deux années pendant lesquelles j’ai lu tout Harrison. Point.

Pour  « le goût des pépins de pommes »  je pense qu’il faut avoir connu certaines ambiances. Des ambiances familiales de senteurs, de fruits, de fleurs, des grands jardins où se nicher.Des abeilles qui grondent quand tu passes sous la tonnelle.

Une copine d’atelier d’écriture m’a écrit  » Ah tiens ? tu l’aimes ? Je n’ai pas réussi à le finir ce livre. » Oui, je comprends. C’est un livre de moment dans la vie. De souvenirs. De rivières, de jupons, de riens. J’adore les courses qu’elle fait, ce qu’elle rapporte à manger. J’adore qu’elle se baigne nue dans une eau noire. J’adore le poulailler repeint en blanc dans la nuit. Et bien sûr sa grand-mère qui perd la boule, c’est formidablement écrit. L’escalier qui craque et parle. Les odeurs, la bicyclette, le drame, les marches du perron où pécorent les filles. Tu t’y plonges ou pas. Et pour ma part j’ai éprouvé le besoin de lire entre le dehors et le dedans, le plus souvent sous le vent, au soleil, j’avais besoin de sentir l’air, de me mettre à portée du chant des merles, de l’alentour, d’être frôlée.

J’ai pris le temps aussi. Impossible de lire juste quelques pages à la fois.

Je voulais tout oublier de l’ici et partir complétement dans la maison avec elle. Sentir le coton des oreillers, jeter la robe noire pleine de sueur qui colle à la peau. Toucher la main du vieux monsieur venu déposer son secret.

Manger enfin les pommes sous l’arbre. Poser la couverture sur l’herbe mal fauchée. Partir, évoquer, souvenir, presser la pulpe, m’alourdir, rêver.

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Un mercredi

Cette semaine un jour, un seul, m’a tout donné, le meilleur et le pire.

Dans le mauvais ordre. Alors là je vais l’écrire dans le bon ordre, c’est à dire le moche d’abord et ensuite le beau.

Le moche : j’ai encore !! visité une maison. Villa moderne y’avait marqué, avec portail sécurisé, j’aurais dû comprendre.

Parfois j’étonne mes amis qui se demandent comment je me fourre dans des plans qui ne sont pas pour moi mais je vais voir quand même. Et je ne parle pas que de visites de maisons à vendre, non, hélas. Bon, oui, quoi, je ne sais pas, une naïveté ? J’ai la foi en un truc qui ferait le monde très chouette, à mon regard. Sans conneries, sans bagarres, sans gros cons, sans….avec le reste.

Dès que je suis arrivée j’ai su que je perdais mon temps. Et pourtant je suis restée une heure à débiter des amabilités à quelqu’un de complètement débile. D’ailleurs qui ne comprenait rien de ce que je disais. Je ne sais pas t’expliquer. Le problème est que nous rencontrons rarement des gens très loin de nos mondes, des gens qui voteraient d’un bord très à droite, tu piges ? C’est bien rare de rentrer chez eux, de s’assoir sous leur terrasse, etc.

Dans un autre blog j’ai raconté ma soirée sur un paquebot Ajaccio-Marseille avec dîner à une table de trois. Moi et deux mecs charmants mais….d’une opinion politique à mon opposé. Deux projets de société, deux visions incompatibles. Mais ils parlaient, très agréablement et calmes, de leur vie, de leur clôture, des frontières, de leur jardin et leur boulot, de leur vécu avec des étrangers, de leur volonté d’avoir la paix dans leur vie sans personne pour les emmerder…etc. Cette discussion m’a changée pour toujours. En autre parce que je me suis trouvée démunie avec mon discours qui leur semblait parfois bien gentil mais totalement déconnecté de la réalité, la leur. Et surtout je voyais loin, du moyen et long terme, et eux voulaient du tout de suite, là, autour de leur clôture, basta. Cette nuit là je n’ai pas eu le mal de mer, j’ai eu le mal de société, d’humains et j’ai eu peur, de nous. Tous.

Lors de la visite de maison, non, aucun sujet fâcheux n’a été abordé. Mais dans tous les sujets quotidiens, y compris les loisirs, la nature, la déco, les maisons, le soleil et la pluie, l’école et le reste…Je me suis retrouvée à parler avec quelqu’un qui ne parlait pas ma langue, c’est à dire pas mon monde. Rien. Rien en commun, même pas la notion d’espace, de lieux et de gens. Je sais c’est la vie. Mais cela m’a démontée. Car je sais les conséquences, je sais combien je suis marginale parfois et surtout combien ils sont nombreux à ne connaître que l’intérieur de leurs clôtures, leur famille, les biens matériels accumulés et eux entassés dans une inculture totale, le rapatriement de la bêtise autour des foyers. De ceux qui sont perdus à cinq kilomètres de leur village natal. Bien sûr c’est ma vue des choses, mon intolérance à moi qui parle, avec mes propres critères qui me font jauger la distance à l’autre et l’incommunicabilité profonde.

Et ça me fout les pétoches. Et il m’a fallu deux jours pour m’en remettre. Et il nous en faudra plus que cela pour nous remettre du résultat du premier tour des élections l’an prochain.

Rien d’autre à faire que de foncer vers l’utopie absolue, oui. Je le re re redis. Je veux mourir complétement timbrée de vivre en couleurs, sans peurs et remplies de bagages légers, de ceux qu’on transmet pas de ceux qui écrasent.

 

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Nue sur une île, par exemple.

Ou ici avec toi, aussi.

Et ouverte comme une fenêtre dans une brousse africaine sous une pluie odorante, salvatrice.

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Le beau ? Une participation à un atelier d’écriture et un récit en trois textes.

Voilà le  premier !

L’élan, la solidarité, les bons cinglés

C’est un appartement dans le quartier HLM où je travaille. Il a toujours été dédié à la solidarité. Maintenant c’est une association qui l’habite et y organise des ateliers autour de la décoration et le développement durable.

Peinture à la chaux, pigments, carrelage, produits ménagers naturels, économies d’énergie, faire son jardin d’appartement, etc Des  temps de rencontres et de formation y sont donnés.

Des chantiers solidaires aussi. C’est à dire que tu apprends en allant aussi épauler des professionnels qui retapent des lieux privés : appartement, foyer d’hébergement, etc.

Et si tu es seule, tu es une femme, tu viens de récupérer un appart tout pourri. Tu viens là te faire aider. Tu ne sais pas bricoler, ni réparer ton évier. Tu viens là. Tu veux apprendre des techniques naturelles, les matériaux et les gestes. Tu viens là.

Ce matin,quatorze femmes analphabètes et moi, c’est à dire quinze gonzesses, ont été accueillies pour fabriquer leurs propres produits ménagers.Génial bien.

Ensuite, avec l’animatrice on a parlé de mon crédit-temps. Si tu viens à un atelier tu peux donner des euros ou tu t’inscris sur la banque de temps. Tu donneras des heures sur un chantier. Je suis venue m’initier au carrelage il y a deux mois, j’ai donc une dette de temps.

Elle me dit qu’une dame a récupéré un appart  horrible, avec plafonds à gratter puis enduire joli. Cherche soutien et petites mains pour ne pas désespérer. Vendredi. OK.

Je suis repartie jouasse. J’aime énormément cet endroit. J’aime les gens dingues, qui agissent, se foutent des pessimistes et font.

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J’aime aussi, hier et aujourd’hui, encore des cinglées du courrier dans ma boîte. Le geste pour le geste, le don pour le geste. Une phrase là, un peu plus ailleurs. Peu importe. L’élan de saluer, l’élan simplement.

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Je me suis souvent sentie seule dans mes postages à tout va, mes bouteilles à la mer.

Je me rends compte que je ne le suis plus. Grâce à vous.

C’est une joie, une émotion. Celle de se sentir reliés, celle qui me rend la vie plus vivable, moins désespérée.

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