Sociolinguistique

Hier je vais à ma Médiathèque chérie.

J’ai déjà raconté l’ami J. qui y travaille. Pas vraiment un ami, non, mais nous avons ensemble accueilli des groupes à la médiathèque. Il a fait de la lecture à voix haute et bien plus que cela. Il est…Il est. Oui, je sais , nous n’en viendrons jamais aux mains lui et moi. Alors nous en sommes aux yeux. Oui, c’est pareil pour tout ceux qui le croisent, ce n’est pas « moi » plus qu’un(e) autre, oui, je sais. C’est comme ça. Il y a ce…ce petit , cette petite chose en plus…Bref.

Hier alors je m’approche du comptoir. Il me regarde et dit

– Oh , Tu as des couleurs !

– Ah bon ? C’est le vélo peut être..

?

– Non euh  tes vêtements, je veux dire…

– Ah oui, ah ? Tu aimes ces couleurs là ?

– Ah oui !!

– Ah moi aussi, j’aime beaucoup ces couleurs là.

– Excuses moi hein…?

– Non mais tu as raison, c’est très bien. Tu as raison…

.

Voilà. Ca c’est de la sociolinguistique.

.

Surtout si je te rajoute qu’on se regarde, et comment on baisse les yeux ou pas. On sourit, puis je ris, puis il regarde et rebaisse les yeux en disant

« excuses moi » et moi je re ris, etc. Pendant ce temps là nous sommes debouts chacun d’un côté du comptoir et il manipule mes livres.

Et je reste gênée et lui je ne peux pas dire. Et je reste confuse toute la matinée en repensant à ce genre d’intermède délicieux que nous offre la vie ensemble. Les points de suspensions , les intonations de voix, tu aurais tout cela dans la retransmission fidèle de ce dialogue, en sociolinguistique. Retranscrire tout précisément te prend la semaine. Et il faudrait aussi filmer, tu l’as compris.

La sociolinguistique c’est cela, ce fut cinq années de ma vie universitaire. C’est la communication en action, « en contexte », comme on dit.

Qui parle à qui ? Le verbal et le non verbal. Où cela se passe -t-il, comment et pourquoi ? Quels sont les enjeux, explicites et implicites, etc, etc. Pour quoi a -t-elle cru entendre ce qui n’était pas dit ? Pourquoi s’excuse-t-il ? Passionnant.

Trois minutes avec J. Et m’y revoilà. Au coeur. Ce qu’on bafouille et ce qu’on ne dira jamais. Ce que corps dit, ce que mains ne laissent dire, ce que yeux osent. Ce qu’on interprète parce qu’on sublime l’idée qu’il aurait regardé mon visage alors qu’il parle de ma tunique violette et du foulard orange et jaune.

Nous n’entendons que ce que nous voulons.Nous prêtons les intentions à la force de notre souhait, de nos rêves. Tout se joue dans ce qui ne se dira pas. Alors comment décrypter  ce qui se dit avec et sans les mots ? Passionnant.

Déroutant. La sociolinguistique que j’aime est au carrefour de la philo, de la psychosociologie et de l’anthropologie. Ethno du quotidien, le marquage et repérage de ces petites choses sensibles. Nous, communicants.

ET Bam, je m’en suis pris une bouffée hier matin. Pfff. Si on peut plus déposer ses livres tranquillement !

.

.

En plus, c’est le « mois du voyage »…des rêves et des rencontres de fous qui font.

.

.

.

Me voilà toute chamboulée !

.

Se taire, dites vous ? Rester aux abris silencieux, sous des tonnelles qui protègent ?

Oser et dire, oui, tu as raison c’est risquer un bout de sa peau.

C’est risqué, toujours.

Très.

.

.

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15 réflexions au sujet de « Sociolinguistique »

  1. Et moi je t’imagine faire un atelier de collage de couleurs avec lui, dehors, coller les couleurs qu’on peut attraper dehors, juste celle-là.
    😉

  2. Ah toi tu en imagines des choses ! Dehors il va, en tout cas, lui, en bus emmener les lecteurs pour des lectures pic nic et muzik improvisées dans des lieux non annoncés.
    Annoncer la couleur ou la garder surprise ?

  3. Aaah, je vois bien la sociolingusitique qui dit et qui ne dit pas, les mains qui manipulent, qui et quoi, et puis le coeur qui bat, et pas qu’un peu ma foi!
    C’est bon ça, c’est bon.

  4. Je ne sais pas si c’est de la sociolinguistique mais j’aime ces mini-discussions avec des quasi inconnus ou des inconnus complets au coin de la rue, elles sont parfois simples « Il fait beau aujourd’hui », ou carrément fantastico-poético-dinguos comme cette dame l’autre fois avec qui j’ai fait un bout de chemin et qui me parlait de la beauté de la nature et qui soudain me dit « Non, vraiment j’espère que ce ne sera pas la fin du monde en 2012 car malgré les malheurs j’aime trop la vie ! » J’aime ces gens qui osent dire, parler tout simplement, et qui ensoleillent ma journée. Toujours.

    1. oui oui oui triple oui.
      tiens j’ai revu la vieille dame au chien et elle m’a raconté comment ils se sont trouvés ces deux là…faut que je vous dise.

  5. Elle a bon dos la sociolinguistique quand il s’agit d’un jeune homme charmant!!! Tu aurais trouvé ça beaucoup moins glamour, la sociolinguistique, si tu avais eu un certain prof que j’ai eu à la fac…

    Ouais.

  6. Désolée pour toi, on ne choisit pas ses profs, hélas.
    J’ai eu beaucoup de chance. D’abord la reprise des études à 35 ans, quand on sait vraiment ce qu’on ne veut pas, c’est un épanouissement. Rien de subi. Et puis, je suis tombée sur un prof exceptionnel, feu Bernard Gardin, puis deux, puis trois, puis deux facs, puis tout…tout ce qu’il me fallait et deux ou trois chercheurs ont suffit à faire oublier tous les autres moins généreux…Et, oui, comme toute matière enseignée, celle ci peut être un petit enfer, j’ai connu aussi.
    Je crois que l’interêt réel et personnel, et la vraie rencontre avec les profs, à la fac, ne prennent leur élan qu’en M2 (master, maitrise, etc).

    1. Ah ah, je n’ai pas dit que la matière ne m’intéressait pas, mais certains attraits peuvent être dupliqués par la personne qui les distille.
      Je suis une obsédée de (socio)linguistique, ma chère, sauf qu’au lieu de mettre tout ça en pratique, j’avais acheté un bar.
      Des fois on fait des trucs.
      Et non, je trouve que même en DEUG (ça existait encore), -quand tu intègres une filière qui intéresse peu de monde, que tu choisis les cours du matin tôt, que tu as la CHANCE de n’être qu’une poignée de fana en cours, qu’il y a un bistrot où tout le monde peut papoter pas loin- tu RENCONTRES les profs aussi.
      J’ai bien dit -filière peu fréquentée, sinon, c’est l’usine jusqu’au second cycle, c’est vrai.

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