Pluies

6h. La pluie. Enfin. Je me suis penchée à la balustrade pour être sûre car il faisait nuit et elle commencait tout juste.

J’ai pris le petit dejeuner auprès du balcon toutes fenêtres ouvertes. La pluie s’affirmait.

L’odeur monte depuis la terre assoiffée de cet été précoce et troublant, en avril.

.

Pour avoir vécu presque vingt ans en Normandie, entre Rouen et Le Havre, je peux te dire que la pluie je n’aimais plus. Pas envie. La pluie froide du soir au matin qui fait froid dix mois sur douze. (Oui, j’exagère…hem ?)

Plus tard j’ai ouvert grande la bouche, autant que mes yeux, sous la pluie d’Asie du sud-Est. La bénédiction de pluies fortes. Les inondations, les corps habillés et trempés dans Bangkok chaud et pollué. La boue rouge du Laos, Phnom Penh sous un mètre d’eaux sales qui t’empêchent de bouger, poubelles et rats flottants à la surface emportés par le courant.

Partout le Mékong, qui dévale, frontière glissante sans fin, charriant ses hommes. Les rêves en pluies, crapahutent.

Et puis ici la pluie toujours amie. Toujours aimée. Jamais froide, je ne sais comment elle fait.

Ici me manquent juste les orages que j’aime tant. Les gros, les énormes les tonitruants. Truands d’eaux, claquent leurs étincelles, foutent les jetons. Le plus incroyable des orages que j’aie connu ce fut près de Pau. Au petit jour. Il m’a marqué à vie.

L’électricité m’a parcourue. Aucune pluie. Un orage qui avançait comme un ogre, comme un tigre pas à pas. Se taisait puis te tombait dessus, enflammait jusqu’aux Pyrénées d’horizon. La terre se recroquevillait, s’agenouillait devant lui. Nous sommes sortis dehors pour mourir les yeux ouverts. On était pétrifiés. Et à un moment, ça a duré deux heures jusqu’au lever du jour, à un moment, j’étais debout dans l’herbe, on était répartis dans le jardin, comme des statues, à parler peu, à scruter le ciel, à essayer de comprendre, oui à un moment de ma tête aux pieds et jusqu’au tréfonds de la terre, l’éclair, pourtant à quelques centaines de mètres de moi, m’a parcouru, m’a fouetté le corps, entrant dans ma colonne vertébrale.

Je n’ai même pas pu pleurer ou quoi ? Je n’ai rien dit car j’ai pensé que personne ne me croirait. Mais depuis, je ne suis plus la même, depuis.

Ce matin là la pluie n’est jamais venue. On a écouté la radio pour comprendre encore, écouter ce qui se disait sur ce phénomène qui nous avait littéralement encerclés . La terre a mis la journée pour s’en remettre. Le jardin se taisait, aucun oiseau, aucune grenouille, aucun chien, aucun humain ne fanfaronnait.

Quand le ciel te montre comment il peut te tomber sur la tête…tu te tais, hein ?

.

Bientôt, plus proche des montagnes, peut être mon Maître l’orage reviendra-t-il me secouer la main ?

.

.

Publicités

10 réflexions au sujet de « Pluies »

  1. Merci de me faire revivre des souvenirs d’orage (l’orage qui avance comme un ogre… truands d’eaux, ah, ça leur va bien). En Ardèche, c’était grand spectacle, trombes et cascades (ça me fait peur mais j’aime quand même). Et les chats qui à la fin des plus gros des orages rentrent sans un poil de mouillé ou presque. Mon gros roux se planquait sous les rangées de haricots.

    L’éclair a dû te parsemer d’étincelles !

    Et puis sinon, dans le coin de Normandie où j’habite, depuis quelques années la pluie se fait très rare, et là je soupire vraiment après elle. Tout change, même la Normandie. ;-)) Qui sait si un jour des palmiers y poussent ?

  2. Tu parles de Pau, j’ai des souvenirs d’orage dans les Pyrénées, à Font -Romeu. les nuages qui montent de la vallée comme si un ogre les fouettait comme des oeufs, et la nuit qui se fait en plein milieu d’après-midi en août. Le ciel est gris ardoise, autour de toi c’est moutons blancs accrochés en l’air, plus un son. Tout ce qui vit attend que cela commence. Le vent siffle, agite les branches, les feuilles, les fenêtres, lesportes, le vent prépare le spectacle en faisant tout trembler sur son passage. Les roulements de tambour de qui traversent le cirque et se réverbèrent, reprennent, tu es littéralement roulée (j’avais écrit rouée, c’est vrai aussi), par les sons. Le bruit arrive bien avant les éclairs, alors cela roule dans le ciel, un charivari incroyable, dans la nuit, c’est la fin du monde, et puis la danse des éclairs commence, et le son reste là. les deux ensembles c’est juste terrifiant. Une telle masse d’énergie en mouvement autour de toi, c’est palpable.
    Je n’ai jamais vu tomber la foudre, je n’ai vu que des vaches foudroyées, des arbres foudroyés, des poteaux pliés en deux, fendus.
    Alors quand la pluie salvatrice arrive, je sors, et je reste là, dehors, à me laisser détremper, à me laisser apaiser.

    1. Oh que c’est beau tout cela…Mmmmm j’en veux !! C’est terriible hein ? Les Pyrénées seraient-elles des sorcières d’orages , des matrices où ils tenteraient tous leurs diables ? Mmmmm Brrrrrr J’en veux !! MERCI j’y suis presque , de retour, grâce à toi !

  3. Alors comme ça il pleut chez toi… bon avec un peu de chance ça va venir dans la prairie. A moi aussi les orages me manquent, ah ce petit frisson qui parcours l’herbe et les feuilles juste avant qu’ils arrivent… Je les admire autant qu’ils me font peur.Tu sais qu’il y a des gens qui sont chasseurs d’orages (pour les photographier), t’imagine… ça c’est un métier… chasseur d’orage… Vous faîtes quoi dans la vie ? Chasseur d’orage ! Whaou !!! Quelque part j’ai gardé l’interview d’un type qui fait ça…

    1. Tu habites en Bretagne toi, hein?, ben qu’est ce qui se passe sur la planète ?? D’habitude quand je viens en Côte d’Armor je sème la canicule, mais là, j’ai rien fait je le jure !!! Bon t’es pas en C d’Armor, je sais je sais….

  4. Ben j’sais pas c’qui s’passe sur la Planète, mais je trouve que c’est un peu le bordel, il serait temps de s’y mettre sérieusement, avant qu’elle soit complètement retournée.
    Et encore, chez nous il ne pleut pas, mais on peut se nourrir quand même, alors qu’ailleurs….
    Non vraiment c’est le bordel

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s