Un mercredi

Cette semaine un jour, un seul, m’a tout donné, le meilleur et le pire.

Dans le mauvais ordre. Alors là je vais l’écrire dans le bon ordre, c’est à dire le moche d’abord et ensuite le beau.

Le moche : j’ai encore !! visité une maison. Villa moderne y’avait marqué, avec portail sécurisé, j’aurais dû comprendre.

Parfois j’étonne mes amis qui se demandent comment je me fourre dans des plans qui ne sont pas pour moi mais je vais voir quand même. Et je ne parle pas que de visites de maisons à vendre, non, hélas. Bon, oui, quoi, je ne sais pas, une naïveté ? J’ai la foi en un truc qui ferait le monde très chouette, à mon regard. Sans conneries, sans bagarres, sans gros cons, sans….avec le reste.

Dès que je suis arrivée j’ai su que je perdais mon temps. Et pourtant je suis restée une heure à débiter des amabilités à quelqu’un de complètement débile. D’ailleurs qui ne comprenait rien de ce que je disais. Je ne sais pas t’expliquer. Le problème est que nous rencontrons rarement des gens très loin de nos mondes, des gens qui voteraient d’un bord très à droite, tu piges ? C’est bien rare de rentrer chez eux, de s’assoir sous leur terrasse, etc.

Dans un autre blog j’ai raconté ma soirée sur un paquebot Ajaccio-Marseille avec dîner à une table de trois. Moi et deux mecs charmants mais….d’une opinion politique à mon opposé. Deux projets de société, deux visions incompatibles. Mais ils parlaient, très agréablement et calmes, de leur vie, de leur clôture, des frontières, de leur jardin et leur boulot, de leur vécu avec des étrangers, de leur volonté d’avoir la paix dans leur vie sans personne pour les emmerder…etc. Cette discussion m’a changée pour toujours. En autre parce que je me suis trouvée démunie avec mon discours qui leur semblait parfois bien gentil mais totalement déconnecté de la réalité, la leur. Et surtout je voyais loin, du moyen et long terme, et eux voulaient du tout de suite, là, autour de leur clôture, basta. Cette nuit là je n’ai pas eu le mal de mer, j’ai eu le mal de société, d’humains et j’ai eu peur, de nous. Tous.

Lors de la visite de maison, non, aucun sujet fâcheux n’a été abordé. Mais dans tous les sujets quotidiens, y compris les loisirs, la nature, la déco, les maisons, le soleil et la pluie, l’école et le reste…Je me suis retrouvée à parler avec quelqu’un qui ne parlait pas ma langue, c’est à dire pas mon monde. Rien. Rien en commun, même pas la notion d’espace, de lieux et de gens. Je sais c’est la vie. Mais cela m’a démontée. Car je sais les conséquences, je sais combien je suis marginale parfois et surtout combien ils sont nombreux à ne connaître que l’intérieur de leurs clôtures, leur famille, les biens matériels accumulés et eux entassés dans une inculture totale, le rapatriement de la bêtise autour des foyers. De ceux qui sont perdus à cinq kilomètres de leur village natal. Bien sûr c’est ma vue des choses, mon intolérance à moi qui parle, avec mes propres critères qui me font jauger la distance à l’autre et l’incommunicabilité profonde.

Et ça me fout les pétoches. Et il m’a fallu deux jours pour m’en remettre. Et il nous en faudra plus que cela pour nous remettre du résultat du premier tour des élections l’an prochain.

Rien d’autre à faire que de foncer vers l’utopie absolue, oui. Je le re re redis. Je veux mourir complétement timbrée de vivre en couleurs, sans peurs et remplies de bagages légers, de ceux qu’on transmet pas de ceux qui écrasent.

 

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Nue sur une île, par exemple.

Ou ici avec toi, aussi.

Et ouverte comme une fenêtre dans une brousse africaine sous une pluie odorante, salvatrice.

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Le beau ? Une participation à un atelier d’écriture et un récit en trois textes.

Voilà le  premier !

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8 réflexions au sujet de « Un mercredi »

  1. Moi aussi ils me foutent les jetons tous ces gens qui vivent dans un monde dont ils pensent être les propriétaires.
    Et j’essaie de comprendre comment c’est possible qu’avec les mêmes molécules et les mêmes protéines on puisse avoir des cerveaux qui fabriquent des pensées aussi incompatibles. Et je suis plus pessimiste que toi car je crois que malheureusement la culture ne suffirait pas. J’ai rencontré des gens (et je suis sûre que toi aussi), totalement démuni de ce côté-là, soit en raison de leur milieu, soit en raison de leurs envies, et pourtant pétris d’une générosité de l’âme sans limite.
    Mon amoureux et moi, jusqu’en 2002 nous avions un bar. Un vrai bar, qui ouvrait tôt le matin, qui accueillait tout le quartier, les gens de la rue venaient se laver chez nous, on leur installait une petite télé pour le foot ou le vélo, puisque dans les « beaux » bars munis de grands écrans plats, ils n’étaient pas les bienvenus. On faisait les courriers de ceux qui n’écrivaient pas, les courses trop lourdes des papys et mamies du coin.
    Des fois ça gueulait aussi, je te rassure, on se fâchait pour trois fois rien, et une bonne embrassade plus tard, c’était oublié.
    Grâce à nous (je n’ai pas peur de le dire), des égarés qui l’étaient un peu moins buvaient leur demi en papotant avec l’architecte du coin qui prenait son café. Ils n’étaient pas toujours d’accord, mais au moins ils se parlaient et se regardaient.
    Notre objectif de départ, ça avait été ça : choquer les rencontres, éviter aux gens de regarder la pointe de leurs chaussures, ou de s’extravertir pour « cacher » sa misère.
    Et il y a eu 2002. Un nouveau gouvernement, un nouveau ministre de l’intérieur, et le pj de plus en plus pressante chez nous… On ne voulait pas travailler comme ça, et s’est tombé à un moment où on était épuisé d’avoir tant donné, on ne s’est pas battu, on a vendu.
    Et tu vois, mon amoureux, il ne lit pas, il regarde des fois des trucs débiles à la télé, mais on a les mêmes yeux ouverts sur un monde qui nous attriste, et sur un mode de penser occidental qui nous fait flipper.

    Même si on en profite, évidemment de ce monde-là, sinon, je ne t’aurais jamais croisée.

  2. Quand je dis « inculture » c’est un mot vague qui ne veut rien dire. Chacun y met ce qu’il veut. Je ne veux pas dire  » culture  » avec un grand C, lecture, ciné branché, peinture, etc Pas du tout.
    Par ex, un aborigène d’Australie possède, de mon point de vue, une immense culture, immense.
    J’ai travaillé avec des tribus, dans des camps de réfugiés. Ils vivaient de et par leur culture même assistés par les Nations Unies, leur culture est la seule chose qui les maintenaient debout.
    Chacun met ce qu’il veut dans ce mot.
    En fait tout est difficile à dire, je pense « ouverture » mais ce que moi je pense  » ouverture » c’est moi, mon monde qui le pense, et le même mot se retrouve chez Marine L….bien sûr. et bien sûr elle n’y met pas le même sens, quoi que il y a surement des convergences.

    Ce qui tue le monde c’est la peur. S’il devait rester un mot pour qualifier la connerie pour moi , ce serait celui là. Mais ce n’est pas si simple non plus. Nous sommes complexes et tout est relativité. Bref c’est la merde et toute phrase et son contraire sont valables.

    Formidable votre bar. Moi j’ai eu l’expé de créer un genre de lieu d’accueil, de lieu de vivre, avec un groupe de professionnels et des bénévoles …un endroit où on avait recréé le sens d’être ensemble « sans étiquette sociale ». Causer, boire un coup, partage de repas, initiatives et envies…potager etc. Le pied hein ?
    Cela épuise aussi, il faut savoir passer la main par moments, je crois.

  3. « Cela épuise, il faut passer la main »…ceci dit une fois la « main passée' » et le temps écoulé,(sept années, dans le cas de ce lieu créé…).Et bien je constate que j’ai envie de rempiler parce que j’ai ça dans le sang, c’est ainsi. je veux vivre des trucs où ça brasse, où on tente l’impossible entre les humains.

  4. Ton histoire m’en rappelle une autre… un jour à la montagne avec des amis on s’installe dans un petit resto, tables toutes très proches, à côté de nous un couple super sympa, on discute on rigole et au milieu du repas ils lâchent : « ce qui est génial ici c’est qu’on est entre français !!! »… stupeur, ils nous on coupé l’appétit net !!! le plus drôle c’est que tous on avait des origines « étrangères »… le commentaire de Stéphanie est super intéressant… la culture ça aide, c’est très important mais ça ne fait pas tout, il y a des gens très cultivé qui sont d’extrème droite…

    Est-ce que tu connais « Une soupe aux herbes sauvages » d’Emilie Carles » ? C’est l’autobiographie d’une institutrice dans les Alpes qui a toujours eu à coeur de faire de ses élèves des « libres penseurs », rude et passionnant… on voit les immenses évolutions mais aussi les retours en arrière de la socièté…

  5. Oui être cultivé et charmant cela ne veut rien dire et surtout rien de nos idées profondes.

    Tiens mais c’est marrant comme vous vous arrêtez sur le mot « inculture » alors que mon billet évoque tout plein d’autres choses pour moi. Vision du monde, rétrecissement de vue etc

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