Des morceaux. De tête, de sable, de filles.

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Je n’ai pas toute ma tête. J’en ai des morceaux et des bouts de zieux que je colle à droite et à gauche et derrière. Ma tête en bouts est indépendante de moi. Je le regrette mais je vois que rien ne la retient. Quelqu’un aurait-il trouvé le truc qui retient les têtes en une seule ?

Moi je vois bien que je suis faible face à elle. Ou bien c’est mon corps ? Je pense parfois me raisonner. Je me décide de ne plus faire ceci ou cela. Et puis je m’applique, c’est cela le pire, je fais des efforts en me retenant de ne pas, de. Il faut que je m’active, que je bouge au dehors, que je dorme ou que je lise, que je fasse pour que. Pour oublier l’effort que j’ai décidé de m’imposer, enfin, à ma tête, enfin moi. Et puis il y a toujours un moment où les bouts reprennent leur indépendance. Et voilà qu’ils reprennent leur vie autonome, une bonne vieille vie à l’ancienne avec toutes ses conneries garanties pur beurre de Bretagne, par exemple. Et je me retrouve à la traîne, à la traîne de mes bouts de moi qui s’amusent bien on dirait de m’avoir bernée comme une novice. Une qui ne saurait pas, depuis le temps, qui elle est. Et qui elle serait ? C’est du pareil au même, n’allons pas voir le pire hein ?

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Bon, ça c’était hier. Mais pour te détendre je te raconte la semaine dernière, deux filles et une tempête de sable. Là aussi je crois que c’est l’exemple de deux têtes en petits morceaux qui s’aiment et se réunissent pour constater qu’elles sont bien comme elles pensaient, désaccordées dedans et accordées dehors. Une amie et moi, sur la plage. Oui, je crois que je suis faite pour les gens un peu, un peu, comment dire ? Un peu trop, pas assez, hyper mélangés , mélangé disent les québécois pour dire un peu barjotte tout de même. Moi je suis flyée qu’ils disent là-bas, et là c’est encore un autre cran sur le côté, décalée en quelque sorte ?

Bon alors imagine-toi deux filles qui pensent se dorer sur la plage un jour de tempête de mistral. Elles arrivent avec le parasol et la crème et les paréos. Elles se blottissent dans un creux contre une clotûre de bois, elles s’installent mais se rendent compte que rien ne va. Le vent soulève le sable sur plus de deux mètres, une tempête qui fait que tu ne vois plus l’horizon. Le sable les frappe, gicle par poignées et enrobe le corps de l’une qui venait de se tartiner de crème solaire mais la crème contre le vent, non. Vent et sable gagnants. Filles K.O.

Déménagement. On se rapproche du sable mouillé, on se dit que ce ne sera pas pire. C’est quasi. L’une n’en peut plus et, telle une pauvre touriste attaquée par un essaim de guêpes, elle se jette dans une mer glaciale et agitée. Tout sauf ce  sable qui attaque et te perfore ! Retour au bord ( ah oui, le parasol on oublie hein ? Elles ont tenté, elles ont replié). Et protections maxi : lunettes, chapeau, chèche, robe, paréo, si elle avait eu gants et chaussettes elle les aurait mis. Néanmoins elles s’amusent de leurs idioties. L’une au sol en maillot et sans lunettes ni chapeau. Sans doute une qui a fait voeu de sacrifice devant l’autel du mistral tout puissant. Elle lui donne tout en patûre. L’autre assise dos au vent, maigre parodie de touareg camargais. Elles attendent de voir combien de temps elles peuvent tenir comme ça à ne rien faire d’autre que bouffer du sable cru par toutes les pores de leurs peaux.

Celle couchée se redresse et s’écrie avec gestes des mains. Non là j’en peux plus de ce truc de fou ! Pas besoin de le dire deux fois, elles débarrassent fissa l’endroit. L’histoire dit aussi que sur la dune une douche d’eau froide les attendait. L’une, la Madonne du mistral ne s’en servira pas, l’autre, la touareg de mes deux, s’y précipite. Délectation, elle n’en revient pas, c’est une douceur, un bain de rose et de jasmin, une renaissance. Elles sont prêtes à aller boire un pot sur le port. Le soir, sur les oreillers, le sable viendra  bercer dans leurs oreilles. Trois jours cela prendra pour qu’il retourne de leurs nuques à la mer.

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8 réflexions au sujet de « Des morceaux. De tête, de sable, de filles. »

  1. Il ne sert à rien d’attendre passivement la douceur de l’été : il faut la rêver et la vivre à force de conviction et d’entêtement… fut-ce au prix d’un meulage de la peau ! :~)

    1. Tiens quelqu’un a lu en entier ce billet ? Bravo !!! Entêtement tu l’as dit ! Deux bourrins étaient sur la plage dans cette histoire d’ânes ! Merci beaucoup de cette venue ici, touchée !

  2. C’est peut-être cucul, mais je suis tout content de voir Tant-Bourrin ici comme de t’avoir vue chez Borborygmes, j’ai l’impression que mes trésors de blogs vont finir par donner naissance à quelque chose.
    Dis-donc, tes billets je les lis toujours en entier, Moâ, même que je les lis parfois plusieurs fois.

  3. Bravo Olivier ! Et oui, tu as raison, les liens se forment, pas toujours du premier coup d’ailleurs (je suis déjà passée chez les BBB). Il faut un « médiateur » parfois pour faire amorce . Et il faut le temps au temps et le moment X et Y = Z…???
    C’est comme dans la vie. Je trouve d’ailleurs que les relations autour des blogs sont exactement comme dans la vie à peu de choses près. Avec le risque d’un peu d’illusions dans la sauce, dû au manque de corps. Ah ha !

  4. Moizaussi, j’ai lu en entier!
    Décalées, barjottes ou mélangées c’est comme distroye ou distroïlle!
    Surtout ne pas faire partie du troupeau de moutons, vivre sa vie, ne pas la subir!…
    Bonne fin de semaine, @ bientôt

  5. Merci Haude, j’ai de la chance d’avoir des lecteurs attentifs et bienveillants. Joie du matin de trouver ton commentaire sous un ciel pur , le soleil attaque sa journée !
    Bises à tous. Vous.

  6. Salut Lôlà,
    C’est la madonne du mistral…
    Avec un sourire fou j’ai enlevé le sable logé dans mes oreilles pendant deux jours…et t’aie lu ce soir…
    Les photos sont veritables, sable au-dessus, étangs brouillés, flamands évaporés.
    Le bleu était pur.

    Isacorse.

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