Melon dans le verre, glaçons, elle.

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Elle a mis dans son sac à dos un short, un pantalon, quelques t-shirts et surtout des maillots de bain et des paréos.

Elle a pris le train, elle aime bien. Les gares, l’attente, elle prend toujours son temps. Les passagers, les gens qui passent et vont, s’arrêtent et repartent. Elle attendra une heure entre deux trains, un gros et un petit. Celui-ci la mènera le long des étangs. Elle sortira de la petite gare avec son sac fleuri et celui sur le dos.

Elle a deux possibilités pour rejoindre l’appartement. Elle peut passer par la plage, enlever ses chaussures et vaquer entre sable et eau. Ou bien elle peut prendre le chemin piéton au dessus. Tu sais ce qu’elle fera. Rejoindre une maison par la plage est son rêve le plus fou.

Elle connaît l’endroit, et elle sera enfin arrivée là où elle voulait, comme elle voulait. Seule et à pied. Elle ira vite ouvrir le store du balcon Ouest. Celui face à la mer.

Je crois qu’elle a fait un thé, c’est la première chose qu’il lui faut. Elle le boit assise au dehors et décide qu’à partir de cette minute elle va respirer avec ses pieds et avec ses yeux, nus, les deux. Elle va étirer le temps comme de la guimauve rose. Elle sourit. Toute pensée fuit. Tout le reste maintenant, c’est ici.

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Avec le melon elle fera du jus. Tu le mixes avec un autre fruit (pomme, poire, pêche…) et de l’eau. Dans un grand verre tu mets plein de glaçons. Tu laisses faire. Tu t’assois dans un grand fauteuil où tu ne regarderas rien, le vide tout plein. Tu savoures goutte à goutte le jus onctueux, purée de plaisirs. Palais velouté et tu mords dans les glaçons puis les recraches insolente. Puis tu les croques un peu pour avoir trois ans, sous la langue.

Tu prendras tout ton temps, tout ton temps. Tu ne compteras rien. Tu marcheras. Elle ira près des bateaux qui sont là par centaines. Elle verra son cœur dans l’eau, menthe fraîche, ananas pilé, algues d’émeraude. Elle glisse lentement, elle glisse lentement dans cette liberté, son secret. Le corps à la dérive sur des ponts échappés, d’une rive entre deux rives, elle sera, elle est.

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11 réflexions au sujet de « Melon dans le verre, glaçons, elle. »

  1. Faire un thé, la première chose pour se sentir chez soi… et changer de rythme. Tu crois que le thé favorise le ramassage, le rasemblement des morceaux épars de nous ?

  2. Ta description du jus de melon est tellement savoureuse que j’ai l’impression de l’avoir réellement dégusté !!! Trois ans sous la langue, respirer avec les pieds, le temps comme de la guimauve rose… ce texte est une pépite de bonheur !

  3. Hello les amis
    Avec vous, oui.
    Oui c’est bel et bien bon.
    Pour le thé je crois que c’est comme pour le jus de melon, tout dépend du comment on s’y prend, pour le faire, pour le verser, pour le boire. Où, quand, comment d’avec soi-même.

  4. Ce temps gorgé de plaisirs, j’en raffolle aussi. Et je l’admire aussi d’être capable de tout fourrer dans son sac à dos, elle a surtout compris l’essentiel : ) Bises !

  5. Elle a de la chance ….
    La lenteur contemplative , le luxe sans prix , les minutes non mesurées,
    le soleil qui prend son temps , et le goût des beaux jours sur la langue..
    quel beau début de rentrée mine de rien , sans y être , sans y aller .. veinarde!

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