Quatre filles au paradis, le souvenir qui maintient en vie

C’est une histoire paradisiaque, ça vous dit ?

Je vivais au Cambodge et mon amie M-A aux Philippines. Quand tu as une amie qui t’envoie des photos comme celle ci, tu as des fourmis dans la tête qui descendent au bout des pieds, n’est ce pas ?

Alors nous nous sommes retrouvées là-bas pour partir dans une île qu’elle connaissait, et comme c’est une connaisseuse, j’étais confiante, totalement.

Quatre filles en goguette, une locale,  du pays, et trois passagères de la vie, de leur travail, de leurs envies. Les voilà dans un avion à Manille et puis elles arrivent sur une île, l’île de Palawan, qu’il faut traverser en entier. Il y a 18 ans, traverser cette île pour rallier la pointe Nord, c’est une expédition.

Tu prends des embarcations de toutes sortes et tu prends des trucs qui roulent sur des chemins de terre et qui se nomment Jeepné. Censés transporter des passagers à leurs risques et périls. Si tu n’as pas un foulard sur le visage, guérilléro, tu mourras, les poumons enfumés. Si tu n’as pas un dos en acier, tu te casseras les os. Mais tu sauras parler avec poules et cochons et tu sortiras de là en morceaux avec toutes les radios locales et leurs musiques coincées dans tes tympans aux abois. Crois-moi !

Mais nous les quatre filles, on tient bon. Très motivées. Et moi je vois tous les paysages terrestres et marins défiler et je commence à comprendre ce qu’est un bout de monde. Au fil des deux jours de traversée picaresque la nature prend le pas sur l’homme. Elle se répand, devient jungle, désertique puis collines vertes. Et puis l’eau se fait de plus en plus translucide et les bateaux de plus en plus indispensables et variés. La coque de noix c’est moi, sur des flots verts on se dépose comme des nénuphars de filles qui s’amusent et ouvrent les yeux.

Il y a même des grottes sur notre chemin, remplies d’eau turquoise. En fait qu’est-ce qu’il n’y a pas ? Je ne sais pas.

Et nous arrivons à destination, si on peut prétendre à cela, disons nous arrivons au bout, dans un village au bord de mer. El Nido. Un nid.

Le voyage a remué le corps dans tous les sens, on fera maison dans les bungalows sur la plage. Et se poser pour de bon. On sait faire. On dirait même que nous sommes spécialistes.

Au village il y a du pain et des mangues et des poissons. On ne veut rien d’autre. Dans cet endroit tu ne veux rien d’autre que ce que tu as. Il faudrait être fou pour s’agiter le bocal. Il y a de ces endroits où il ne faut pas, non je te le dis, il ne faut pas courir à droite et gauche pour chercher à voir….voir encore et dans les coins. Non. Les coins sont sous tes pieds, dans tes yeux la lune et le soleil ensemble, et avec les étoiles pour emballer le tout. Non, tu ne veux rien d’autre.

Tu ne bouges plus et c’est tout.

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Et dans ce lieu aquatique les enfants vivent sur l’eau. Les bateaux sont leurs balancoires et leurs toboggans, la vie en taille réelle dans leurs mains. Une vraie vie d’enfant, de géant.

Il faut les voir embarquer, naviguer, se marrer et régner sur leur flotte. La joie pure, la joie d’exister.

Rien, alors. Tu vois. Tout.

Ce souvenir est pour moi l’éternité sur pattes, l’absolue beauté simple, forte.

Plus tard nous rencontrons des gens venus de loin, en voilier, et qui se sont arrêtés là pour toujours après avoir parcouru des bouts de monde et n’avoir rien trouvé de plus isolé et de plus beau. La civilisation est à des années lumières. Ils nous emmènent sur leur bateau dans des criques où j’ose à peine plonger dans l’eau tant elle est belle et reine. J’y nage lentement comme une étreinte timide et respectueuse. Translucide, peuplée de poissons, sauvage, comme une eau de naissance, une mer de tous les temps, sans nous, pure, intacte, inconnue.

Après avoir mangé toutes les mangues philippines de mai, les meilleures de la planète, il faudra faire le voyage du retour. Et manquer de mourir dans un paquebot bondé, surchargé en dehors de toute norme et principe inexistant. Du sol au plafond, couloirs, ponts et pontons, passerelles et canots sont noirs de monde et d’animaux. Tu ne sors plus de ta cabine car la porte ne s’ouvre plus. Tu espères revoir Manille…peut être…

Bien longtemps après, c’est toujours comme cela, tu sais, il faut le temps. J’ai senti et compris combien ce séjour fut un voyage hors du commun. Il m’a aidé à tenir dans les jours sombres. Et depuis je répète une petite phrase qui me tient chaud. Tu peux la lire dans mon album photos.

Je t’en donne un bout aujourd’hui

Peut être

Pour toujours

Avoir chaud

Toi aussi, dans ta vie.

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7 réflexions au sujet de « Quatre filles au paradis, le souvenir qui maintient en vie »

  1. Que veux-tu qu’on ajoute à tes mots et à tes photos?
    Juste d’immenses émotions ressenties grâce à ce que tu nous offres…
    Merci tout plein!

  2. Olala, encore les larmes aux yeux. Tu peux vivre encore après ça? oui, tu peux, avec ça. C’est du toit qu’est fait ce billet là, ton toit. Je t’embrasse fort.

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