Aller vers l’inconnu

Un jour de mars 1988 j’ai reçu une lettre. Une lettre d’une association que je ne connaissais pas : Ecoles sans frontières. C’était une proposition pour partir travailler en camp de réfugiés en Thaïlande. Je me souviens avoir été paniquée. La Thaïlande !!? Bangkok et ses coupe-gorges !??

Deux ans auparavant mon tendre-et-cher-du-moment et moi-même avions fait des pieds et des mains pour trouver un job à l’étranger. Nous avions écrit à des cinquantaine d’Organisations Non Gouvernementales ( O.N.G) et n’avions eu aucune bonne réponse. On envisageait l’Afrique, lui y étant déjà allé. On ne pensait à aucune autre destination.

En 88 nous étions donc repartis vers d’autres projets quand cette lettre est arrivée, comme un cheveu sur notre soupe. Elle ne nous parlait de rien de connu. Ni l’O.N.G, ni la destination. Mais nous sommes quand même allés voir en se disant  : rencontrons les gens du siège en France, on apprendra toujours quelque chose.

Sur place nous avons fait la connaissance d’un gars incroyable. Il était revenu en Europe mais son coeur était resté là-bas…à Ban Vinaï, comme il disait. A l’époque le plus grand camp de réfugiés du Nord Thaïlande rassemblant des dizaines de milliers de Hmongs, tribu laotienne.

Il nous a parlé toute la journée et surtout il nous a montré des photos. De femmes, d’enfants dans des nacelles, de familles…Mon coeur a chaviré dès les premières photos.

Dans notre 2CV sur le chemin du retour Toulon-Pau, nos têtes tournaient à 100 000 volts. On ne se disait rien et on était déjà loin. La semaine qui a suivi, le sort en était jeté. Deux mois après on partait. On avait pas encore trente ans et toutes nos vies allaient basculer. Toutes et pour toujours, pour toute la vie.

Tu prends une décision importante et tu penses faire un bon virage à 90 degrés emportant tous tes wagonnets.

Non.

La beauté de l’amour va changer de miroir. Des rencontres essentielles seront des amis pour une vie. Tes yeux en prennent plein les mirettes, direct au coeur, une vue sur le Monde. Tout, autrement.

Tu es entrain de faire un tour complet sur toi-même dans une locomotive qui n’a plus de freins. Et tu ne sais rien.

.

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11 réflexions au sujet de « Aller vers l’inconnu »

  1. Bonjour Zou .Merci pour ce superbe récit avec beaucoup d’amour et d’accord avec toi .
    Une toute petite anecdote (amusante ) voilà 66 ans que mon surnom est (zou).
    Bisous et douce journée.

  2. Avec 20 ans de décalage, raconter comment sa vie a basculé, dire ce que l’on a ressenti, ce n’est pas un exercice anodin. Peut-être nous livreras-tu quelques souvenirs, de ceux qui comblent, qui remplissent. Et puis ces photos fatiguées, si précieuses et plus belles que les belles photos !

    1. Merci. Il faut beaucoup de temps, enfin il m’a fallu, pour regarder derrière moi juste en sourires.
      Et c’est sûr que ces photos ont fait beaucoup beaucoup de chemin ! De valises, en paquets, en cartons, en boîtes etc….

  3. Je pense comme Olivier, arriver à regarder derrière sans amertume et sans regrets. La vie bascule dans les départs ou les retours, on en souffre, mais on en sort peut-être différents un jour. Guéri, ça, je ne sais pas. Mais…on relativise, n’est ce pas?

  4. Le commentaire d’olivier résume bien ma pensée.Comme quoi parfois il vaut mieux ne pas savoir à l’avance,mais répondre oui à un appel du coeur c’est toujours une bonne décision.
    À bientôt chère ZOU!

  5. Chère Lôlà-Zou!
    quel récit que ce départ vers ailleurs!
    Une de mes amies chères est d’origine vietnamienne ..
    au fait , une certaine grande et longue et ventrue enveloppe est arrivée dans ma boîte aux lettres entre midi et deux , elle m’a suivie jusqu’à l’école maternelle où j’étais cet après-midi , me lorgnant , posée à la place du passager..
    J’ai du patienter jusqu’à mon retour pour l’ouvrir… et alors…..
    BISES+++!!!!!

  6. On ne sait rien des choses (sûrement heureusement) on appelle cela la complexité (lire par exemple Edgar Morin) cela peut paraître compliqué mais on peut le vivre aussi comme créatif

    chaleureusement

    frédéric

    1. Tout à fait ! C’est le sel, le bonheur, de la vie.
      Cette décision là a été une des plus belles de mon existence et m’a comblée de vie. Sans cela je ne serais qu’une ombre de moi.

  7. L’avoir fait…avoir donné…revenir enrichis par l’expérience,
    et prendre conscience…notre chance d’être nés quelque part…par ici…

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