Le mystérieux jardin-voisin

Juste en bas de chez moi il y a une petite maison et un jardin extraordinaire.

Ce midi je me suis fait des couettes pour passer inaperçue dans ma rue et je suis allée prendre en douce quelques photos.

Bien sûr s’il y avait âme qui vive dans cette maison j’aurais sonné pour demander la permission. Mais voilà, cette maison est aussi un mystère. Elle paraît souvent inhabitée. En fait on ne voit jamais personne. Pourtant il y a des signes. Des dizaines de pots de plantes sur le perron qui bougent ainsi que des sacs de terreau. De la lumière certains soirs dans l’adorable véranda verte de végétations.

Parfois une voiture genre pick-up (plateforme  derrière) devant la maison  Compagnons de France / environnement végétal…ou quelque chose du genre. Du genre à me laisser penser que ces gens si discrets parcourent peut être les routes et, qu’en tout cas, la nature ils connaissent.

Parce que, voilà, leur jardin est pour moi une féérie et un mystère.

D’abord je l’adore car c’est un jardin à qui on fout la paix. Il vit sa vie. Je crois que les proprios ont su créer un espace qui n’aurait pas besoin d’eux et peu besoin d’arrosage aussi. Aucune pelouse, bien sûr, la tondeuse, niet.

Les fleurs abondent par centaines et prennent beaucoup de place, se relayant au fil des mois. Les rosiers débordent sur la clôture. Des rosiers anciens, divins.

Il y a un muret en pierres où le lierre dévale, puis une palissade au dessus et juste entre les deux, à un mètre du sol, il y les vingt centimètres qui font mon émoi, ceux où, en te penchant, tu glisses des yeux écarquillés, comme si tu voyais au travers de jumelles.

Ce midi, à l’heure du repas, mes couettes, mon appareil et moi, on s’est mis dans ces vingt centimètres qui refont le monde. Pour garder trace de ce bric-à-brac que j’adore et que je voulais partager avec vous. C’est en en parlant dans un commentaire chez Croukougnouche, que l’idée m’a assaillie.

Un jour j’ai imprimé une de mes photos de fleurs de pêchers et j’ai écrit au dos un remerciement pour ces personnes invisibles. Leur disant juste Merci pour ce jardin qui me réjouit à chaque fois que je sors de chez moi. J’ai glissé le mot dans leur boîte, qui est en autarcie, je crois, elle aussi.

Un an après, passant devant la maison, j’ai vu une personne, pour la première fois. Et je lui ai dit C’est moi qui ai mis le mot dans votre boîte aux lettres. Il a souri et m’a dit, Ah, oui ! Hypra discrets, je vous dis. Pas le genre à blablater… Tant pis…

Par contre je ne leur ai pas dit qu’un jour je suis passée par dessus la palissade. Ce jour là je n’avais pas mes couettes, je n’avais pas prévu le coup. Je passais et j’ai entendu un miiiiiiou miiiiou caractéristique d’un chaton appelant à l’aide. Rien à faire, ça continuait, fendant mon coeur. Miiiiiiiii !!!! Terrible. J’ai sonné et bien sûr, personne…C’était au fond du jardin, ce cri, près du muret. Tout près de moi. J’ai enjambé et vu un genre de petite fontaine en pierre, petit carré, sec, pas d’eau, de 80 cms de profondeur et au fond une petite chose velue grise aux yeux bleus, tout minus, qui était terrorisée.

A côté, la mère….Bizarrement impassible, attérée et gentille avec moi. Des petits sauvages, des vagabonds, nombreux dans les parages et bienheureux dans ce jardin sauvage, lui aussi.

Mais le petit truc à poils !!! Bigre !! Un tigre ! Figurez vous que je n’ai pas pu le sortir de son piège. C’était pourtant facile d’accès mais, mais..Il fallait le prendre dans les mains. Et là….Crache, sniffe, sort ses griffes, me contemple avec rage, prêt à en découdre de toutes ses forces avec l’ennemi. Une énergie incroyable. Et aucune négociation possible, non. A mains nues, j’étais K.O. Tout dans les yeux la petite bête, et le reste bien serré dans les griffes. Il m’a eu, je suis repartie bredouille.

Pas si bredouille que cela, d’ailleurs, car il m’a impressionné. C’est lui qui devait être terrorisé mais c’est à moi qu’il a fait peur. Du haut de ses poils dressés, ce petit bout de  quelques centimètres m’a fichu la trouille et m’a fait fuir. Chapeau bas l’ami ! Quelle leçon…

Non, cela je ne l’ai pas dit aux gentils propriétaires qui d’ailleurs, je pense, s’en fichent comme d’une patate. C’est une histoire entre le jardin et moi, et ce jardin, je vous ai dit, il vit sa vie. Libre.

Un vrai bonheur, je l’aime de tout mon coeur.

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14 réflexions au sujet de « Le mystérieux jardin-voisin »

  1. J’aime beaucoup, beaucoup de choses dans ce billet mais le coup des couettes, j’adore, vraiment!

    (Tu n’as pas croisé Charles Trenet dans ce jardin extraordinaire?)

  2. J!aime à imaginer qu’au début de sa vie,encore tout petit,ce jardin a vu passer des amoureux, a participé aux jeux des enfants,a connu quelques drames et a reçu beaucoup d’amour.Alors aujourd’hui il déborde de joie en souvenir de……Il n’en fait qu’à sa tête,c’est son droit,il est vieux…..

  3. magique effectivement.. on pense à Colette et aussi à l’enfant et les sortilèges.. j’aime tout pareil que toi ces fééries enchevêtrées , bien tranquilles dans leur écrin , mais ce petit chat sauvage alors ..que sera-t-il devenu ?

  4. coucouzou !
    J’ai beaucoup aimé encore cette promenade en catimini dans ce petit jardin, et l’évocation de ces gens !
    Le chaton… j’en ai cueilli un, il y a quelques années, tout seul, paumé dans la forêt entre Suze la Rousse et St Paul… il miaulait comme un désespéré, et m’a griffé de toutes parts… (moins violemment que ton petit chaton, je pense bien !) Quelques années passées, la charmante Félicie (c’est une minette) est toujours aussi sauvage, bien que toujours dans nos pattes. C’est une « pas touche minouche ». Un chat sauvage reste un chat sauvage !

  5. Tes couettes et toi m’ont bien montré ce que doit être un vrai jardin : un lieu où l’on ne pénètre que du bout des yeux, où nos seuls pas sont sacrilèges sauf quand c’est pour accomplir une mission de la plus haute importance. Rien à voir avec mon potager hyper rationnel et géométrique à rotation quadriennale. A ma gauche nature et poésie, à ma droite légumes et gastronomie.
    Pour l’épisode du petit chat, tu n’as pas eu tort, j’ai le souvenir cuisant d’un bébé écureuil gros comme mon pouce qui d’un seul coup de dents m’a transpercé un doigt ! Mignonne petite bête, je n’avais qu’à la laisser vivre sa vie !

    1. Ah ha ha ! Les jardins sont à l’image des jardiniers. C’est d’ailleurs là un régal des yeux et de la pensée pour moi. J’ai eu un jardin partagé / en collectif : 7 personnes avec chacun une très grande parcelle à gérer. Epatant pour rencontrer la nature humaine, ses qualités et ses défauts !

  6. Ton récit me rappelle « L’île de l’autre » de J. Perry, comme toi, un visiteur se glisse dans la maison comme toi dans le jardin, en essayant de deviner des choses sur les propriétaires…
    Là , par contre, il n’y a pas de chat ; )

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